lynx-boreal-le-regard_©FannyZambaz

Adriano Koch et Fanny Zambaz – Dans le cyan des yeux

Affirmé, le regard rivé à la caméra. Chuchoté, dans le creux d’un arbre renversé par le vent. Caressé, du bout du pinceau sur ses grands cyanotypes. Dans le court-métrage documentaire Wild Blue, le réalisateur et musicien Adriano Koch révèle l’univers de la photographe animalière valaisanne Fanny Zambaz, avec délicatesse et presque comme par magie, à l’image du procédé ancien que l’artiste utilise pour développer ses photos.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

« Je voulais un peu de changement », sourit Adriano Koch, genoux repliés sous une petite table de la terrasse du Café Simplon, où l’on échappe tout juste au bruit assourdissant des travaux qui agrandissent la gare. Lausanne, il y revient régulièrement, mais uniquement de passage depuis qu’il s’est installé à Bâle, en juillet 2024. Le jeune homme y a construit son studio dans un espace qu’il partage avec son amoureuse, créatrice d’une marque de vêtements slow-fashion.

À L’Agenda, nous connaissions Adriano Koch pianiste et compositeur (lire l’article paru dansL’Agenda 75 – septembre/octobre 2018 pour la sortie de son album « Leap », et l’article paru le 6 mars 2020 à l’occasion du vernissage de « Lone »). Il l’est toujours, mais comme un talent ne se cultive jamais seul, il est également devenu réalisateur, caméraman, monteur, étalonneur et même autoentrepreneur depuis, en créant sa boite de production Roasted Agency.

À la rencontre de Fanny Zambaz

Lui vient alors l’envie d’emmener sa caméra à la rencontre d’un art, d’une vision du monde, d’une personnalité qui l’intrigue et dont il pourra raconter l’histoire avec le cœur. « J’ai pensé à Fanny, qui est une amie de la famille. Elle a aimé l’idée, alors on s’est lancé, spontanément, sans aucune production derrière. On a tourné sur trois jours, on commençait à 8h et on terminait à 21h. Elle m’a laissé complètement libre sur mes choix artistiques ». Fanny emmène Adriano le long de son processus créatif, de l’entrée en forêt jusqu’à la réalisation de l’œuvre finale. « Je ne connaissais pas son procédé, je savais juste qu’elle se cachait pour observer les animaux. Entre janvier et mars, elle a passé quarante jours dehors, avec tout son matériel. Dans le film, on ne voit que son appareil numérique, mais elle a aussi une chambre photographique, très lourde, qu’elle porte avec elle. La suivre en forêt, observer le lien qu’elle a développé avec sa chienne, comprendre son rapport aux animaux et à la nature, la voir laver ces grands papiers à aquarelle, tout ça m’a permis de réaliser l’investissement qu’elle met dans son art – qui en devient encore dix fois plus puissant ! »

Au-delà du procédé de Fanny Zambaz, sa manière de se livrer, sans filtre, transperce. « On est dans un monde un peu speed, où il faut tout le temps justifier à quoi on passe son temps. […] J’ai vraiment cette chance de m’en fich’ un peu, en fait. Ça me fait rien, de me lever et de rien faire. » affirme-elle de ses yeux cyans.

Fanny Zambaz _ ©AdrianoKoch _ Roasted Agency

Fanny Zambaz  © Adriano Koch, Roasted Agency
Photo de haut de page: Lynx boréal, Le regard ©Fanny Zambaz

Tout faire tout seul

Après un tournage mi-mars 2025, Adriano se consacre au tri des rush, au montage, à la colorimétrie, et à la composition de la bande-son. Wild Blue est bouclé le 9 mai et lui aura demandé près de deux mois de travail à plein temps, en solo. « Je suis conscient que ça fait un peu control-freak de tout faire tout seul… mais c’est génial d’avoir sa vision et de la suivre jusqu’au bout ! À plusieurs, on peut se répartir les tâches, mais seul, on arrive à créer une meilleure intimité avec la personne qu’on filme. C’est plus facile d’être à l’aise face à face que devant toute une équipe de tournage ! Aussi, j’ai pu faire plus de tests, prendre plus de temps pour aller dans le détail, prendre plus de risques que ce qu’on peut se permettre dans un contexte commercial, quand il y une production derrière. »

Une fois le film entièrement terminé, Adriano s’est retrouvé en terrain identitaire : la création musicale. « Je mettais en boucle une séquence d’une ou deux minutes sur laquelle je jouais du piano jusqu’à ce que je trouve des éléments intéressants, que j’enregistrais ensuite en plusieurs versions. L’électronique s’est agencée plus ou moins de cette manière aussi, en faisant correspondre les notes et les rythmes aux images », Par moments la musique se fait oublier, et par d’autres elle affiche son caractère. Tantôt elle laisse ses accords résonner doucement avec le son du pinceau, tantôt elle submerge presque la voix de Fanny Zambaz, selon la teneur du moment. « Le but est de créer une tension, de donner un impact physique aux images. Pour la scène finale par exemple, j’ai fait plusieurs versions ; certaines avaient peu de différences entre elles, mais les différences étaient cruciales. Il y en a une qui m’a vraiment transporté émotionnellement, c’est celle-là que j’ai gardé » raconte un Adriano qu’on sent passionné. « Faire ce film me rendait vraiment heureux » confirme-t-il. « Je me suis complètement investi et je l’ai fait pour moi ».

S’il est parti d’une approche créative personnelle, celle-ci s’est tout naturellement grande ouverte lors de la sortie du film, devant un public touché de cette rencontre avec cette artisante-interprète de la forêt valaisanne.

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Voir l’exposition de cyanotypes de Fanny Zambaz:

Esquisses sauvages
Jusqu’au 29 juin 2025
Centre Pro Natura de Champ-Pittet, Cheseaux-Noréaz (VD)
www.pronatura-champ-pittet.ch

Voir le court-métrage :