Percival Pernet Living room vert tilleul ©MAH

La modernité en tension au MAH

Depuis le 18 juillet, le Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH) propose une nouvelle exposition, intitulée Et pourtant tout avait si bien commencé. Jusqu’au 26 octobre, les visiteur∙euse∙s pourront découvrir l’évolution de l’architecture de l’entre-deux guerres en Suisse. Arthur Rüegg, commissaire de l’exposition, architecte suisse et également professeur à l’ETH Zurich, a collaboré, pour cet événement, avec Lola Cholakian Lombard, historienne de l’art.

Texte d’Alice Marion

L’exposition s’attache à montrer la dualité entourant les progrès techniques, source de renouveau dans l’architecture mais aussi de destruction dès 1939. Elle se divise en différents espaces. Nous sommes d’abord invité∙e∙s à explorer la modernité hésitante de Genève dans les années 1930. Les projets des avant-gardes avaient en effet été rejetés lors de deux concours d’envergure : celui de la gare Cornavin et celui du Palais des Nations. Cependant, la construction de la Villa Ruf en 1929 innove en utilisant des matériaux nouveaux, dont le Solomite, formé de panneaux de paille isolants. Le premier espace de l’exposition montre comment la scène artistique et architecturale romande se dirige, malgré des résistances, vers la modernité. Des fauteuils en aluminium s’ajoutent au mobilier traditionnel et tandis qu’Alice Bailly renouvelle les arts plastiques, Percival Pernet influence les arts décoratifs.

PercivalPernetFauteuilenaluminium©MAHphotoB.Jacot-Descombes

Percival Pernet, Fauteuil en aluminium, 1931
©MAH Genève. Photo: B. Jacot-Descombes

Photo haut de page: Percival Pernet, Living-room vert tilleul, ~1920-1950
© MAH Genève

Nous apprenons ensuite le rôle primordial qu’a joué Sigfried Giedion dans le développement de l’architecture nouvelle. Historien de l’art et secrétaire général des Congrès internationaux d’architecture moderne, il soutient les projets des modernes et s’implique dans la construction d’immeubles d’habitation. Dans une vitrine, nous pouvons lire les lettres adressées par Le Corbusier, Lászlò Moholy-Nagy ou Fernand Léger à Sigfried Giedion, ce qui montre son importance.

Après avoir exploré le renouveau architectural genevois, nous découvrons celui de Zurich, où l’essor du design industriel rencontre un réel engouement. Certains architectes soutiennent « l’habitat libéré » et se tournent vers la préfabrication, la standardisation et les meubles-types. Le style de vie s’en trouve impacté et les logements fonctionnels gagnent en popularité. Nous pouvons voir des photos des maisons Rotach (1928) ou encore une maquette du lotissement Neubühl (1928-1932). Le mouvement de la fabrication en série des objets quotidiens est souligné par la présence de vaisselle-type dans une vitrine.

Nous poursuivons notre parcours vers la projection d’un film surprenant, Die neue Wohnung (1930). Ce film de propagande architecturale vante des bâtiments et des logements plus pratiques. Le message est clair : le logement moderne est celui qui est pragmatique.

S’ensuit un espace consacré à l’immeuble Clarté (1930-1932) à Genève, réalisé par Le Corbusier et Pierre Jeanneret. Les éléments exposés – plans, maquettes, photos des intérieurs et extérieurs du bâtiment – sont très intéressants et nous donnent une idée précise des innovations architecturales.

L’immeuble Clarté en construction1931© F.L.C.2025ProLitterisZurichphotoMauriceWasserman

Le Corbusier, Pierre Jeanneret. L’immeuble Clarté en construction, 1931. © F.L.C. / 2025, ProLitteris, Zurich. Photo : Maurice Wasserman

Nous pouvons observer des échantillons provenant du répertoire de couleurs créé par Le Corbusier pour l’entreprise bâloise Salubra. Dans la même salle, les deux reconstitutions de salon montrent les goûts des années 1930 en matière de décoration intérieure. Ils sont inspirés de l’exposition d’architecture intérieure de 1932 ayant eu lieu dans l’immeuble Clarté, et mettent en avant les différences entre le modernisme zurichois et genevois. Le premier salon, aménagé par l’entreprise Wohnbedarf, contient des meubles métalliques produits en série, des tableaux abstraits et des murs gris, et évoque un logement rationnel. Le second, créé par des ensembliers genevois, est plus chaleureux avec ses murs rose pâle et son style décoratif.

Sans transition, nous passons dans des salles exposant des armes. Les avancées techniques, pensées uniquement comme un progrès dans les années 1930, se révèlent également meurtrières. La rupture créée avec les espaces qui précèdent est saisissante et permet de comprendre la désillusion ressentie par les avant-gardistes. L’exposition se termine sur un goût doux-amer…

Et pourtant tout avait si bien commencé
Habiter la Suisse des années 1930
Du 18 juillet au 26 octobre 2025
Musée d’art et d’histoire, Genève

www.mahmah.ch

Vue d’exposition. MAH ©Dylan Perrenoud