Sabine Pakora

Trois points de suspension sur une page blanche

La veille de la première représentation de son spectacle La Freak, journal d’une femme vaudou au festival Les Créatives, Sabine Pakora participe à la table ronde sur les libertés d’expressions. En tant que femme comédienne franco-ivoirienne soumise aux clichés et préjugés, elle a dû constamment se réinventer dans sa carrière. Elle a notamment vite compris que “le monde des arts n’est pas du tout un univers de création détaché des rapports sociaux, [mais que l’]on y reproduit les rapports de domination”. Sur cinquante projets, l’artiste en a reçu seulement deux sans exotisation: prostituées, femmes de ménages, femme vaudou, voici à quels rôles on la rattachait continuellement. C’est ce qui la pousse en partie à monter son propre spectacle, synthèse de toutes les expériences vécues ces 10 dernières années.

Texte de Jeanne Moeschler

Sur scène, deux sculptures, belles, imposantes, qui reprennent leur place et éblouissent le public. Des habits colorés sur des cintres, un miroir de loge artistique, une chaise et des micros. Sabine Pakora se meut dans l’espace et les rôles, racontant parfois des histoires qui lui sont arrivées, imitant parfois des personnes dont les commentaires éminemment racistes l’ont marquée. On voyage ainsi entre la Côte d’Ivoire, la France et la Suisse et les stéréotypes qui ont accompagné Sabine, de son enfance à l’âge adulte.

La force de cette pièce réside dans la sincérité des propos et la richesse des images utilisées. Par ses mots, la comédienne nous transporte d’une pièce “chatoyante” où la télévision “crépite comme un bon feu” à une église où c’est dans un costume de Mickey bien trop serré (il est du 42, elle en fait du 52) qu’elle doit apporter un gâteau à l’enfant roi du jour, sous les yeux effarés des invité·e·s.

À la télévision, Sabine n’a jamais vu de personne qui lui ressemble. On vit dans un monde où les fées sont blondes et minces, et pas noires et grosses. Elle grandit sans modèle dans un monde avec un filtre blanc. Être noir, c’est comme être “trois points de suspension sur une page blanche”, trois petits points dérisoires dans un “un océan de blancheur immaculée”, alors que toutes les couleurs devraient pouvoir y nager.

La comédienne change également de peau en se mettant dans celles d’hommes ou femmes blanches, du réalisateur au professeur d’université. Ces personnes-là, considérées comme la norme, sont rarement stéréotypées. C’est une vraie reprise de pouvoir de le faire, car leurs propos racistes, souvent banalisés, sont mis en lumière frontalement. Ça surprend, ça étonne et on se dit: mais non, ils·elles ont quand même pas dit ça? Et pourtant si. On ne sait si on doit rire ou être stupéfaite en entendant ces histoires, à la fois très drôles mais révélatrices d’un racisme profondément ancré dans la société. Au final, on fait les deux, un rire dépité nous échappe – comment un tel rapport de domination est-il encore possible aujourd’hui?

À la fin, les applaudissements sont bruyants et la comédienne annonce, émue, que c’est la première représentation de son spectacle. En souhaitant que celui-ci transmette son message drôle, émouvant et politique au plus grand nombre de personnes, nous quittons la salle, accompagnées par le goût de colorier une bonne fois pour toute cette vilaine page blanche.

Melissa Kassab

Les Créatives – Douceur et puissance à La Gravière

Hier, la première soirée du festival Les Créatives en collaboration avec La Gravière a eu lieu. La Genevoise Melissa Kassab et la Londonienne Gretel Hänlyn ont joué de leur guitare pour le plus grand plaisir du public. Une soirée aux sonorités contrastées qui nous a transportées dans deux univers bien propres à chacune.

Texte de Catherine Rohrbach

Il est 20h30, sur la scène de La Gravière, la chanteuse Melissa Kassab arrive avec sa guitare, son seul accompagnement. Avec sa voix et ses arpèges, elle nous transporte dans son univers. Un univers doux, bienveillant et attachant où seuls deux accords suffisent pour faire une belle chanson. Si on décèle une certaine timidité, qui est peut-être dûe au fait qu’elle joue à la maison, il n’y a aucun doute qu’elle appartient bien à la scène. Elle est naturelle et authentique, tout autant que son folk. Ses textes, ses quelques reprises (c’est plus facile d’être soi-même quand on chante quelqu’un d’autre, dit-elle) et ses anecdotes nous donne un aperçu de qui elle est, sans masque.

En deuxième partie de soirée, c’est Gretel Hänlyn qu’on découvre. Accompagnée de son groupe, celle-ci nous emmène dans un tout autre monde. Hänlyn, qui jouait en Suisse pour la première fois, pourrait sans problème prétendre appartenir à la scène grunge et alternative du Seatle des années 90 et pourtant, elle est anglaise et n’était pas encore née quand Kurt Cobain nous quittait. Ses notes sont brutes, sa voix est profonde, le tout est d’une puissance qui se marie bien avec la scène de la Gravière.

Gretel Hänlyn

Tout comme avec Kassab, la performance de Gretel Hänlyn est bien à l’image de sa personnalité. Sombre et gothique aux premiers abords, une certaine légèreté se laisse entrevoir au fil des chansons, avec notamment un nouveau titre, une ode à son chat, qui prend des sonorités pop punk.

À la fin des concerts, la présence de Melissa Kassab et Gretel Hänlyn sur une même affiche semble logique. La douceur de Kassab et la puissance de Hänlyn ont en commun leur authenticité. Elles n’ont pas peur d’être elles-même sur scène. Il n’y avait pas de prétention et aucun faux semblant à la Gravière hier soir.

Le festival continue!

Les créatives

Les Créatives, quand le politique rencontre l’artistique

Le festival Les Créatives a donné son coup d’envoi aujourd’hui.  Et quel coup d’envoi. Rien de moins qu’une conférence avec Gloria Steinem. Avec de nombreux spectacles, concerts, tables rondes et autres événements axés sur le genre et l’égalité, les treize prochains jours s’apprêtent à être culturellement féministes.

Texte de Catherine Rohrbach

C’est à la Salle de la Madeleine que le premier événement de la 18e édition du festival Les Créatives a eu lieu. Une conversation avec Gloria Steinem – ou plutôt un petit moment de “révolution féministe transcontinental”, selon cette dernière. Après un discours d’introduction de Madame la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet rappelant l’importance d’une lutte constante pour les droits de la femme dans une société où ceux-ci ne sont jamais acquis, nous avons eu le droit à un instant de réflexion avec une icône du mouvement. La conversation, menée par Célia Héron, cheffe de la rubrique société du Temps, nous ramène à des questions encore trop d’actualité: le droit à l’avortement, l’intersectionalité entre genre, race et classe sociale, l’importance du mouvement #MeToo, etc. 

Si Gloria Steinem est une figure emblématique du mouvement féministe, Les Créatives en sont une en devenir. Le festival prône en effet la visibilisation et l’inclusion des femmes et des minorités de genre dans les domaines culturels et artistique et cherche à faire le lien entre création artistique et réflexion féministe. Ainsi, des tables rondes et conférences sont organisées aux côtés des spectacles et des concerts. Quoi de mieux que de se questionner sur une société plus égalitaire tout en profitant de créations artistiques pluridisciplinaires émancipées du patriarcat.

L’équipe de la rédaction de L’Agenda sera présente lors du festival – du 15 au 27 novembre, rappelons-le – pour vous offrir un bon plein d’articles, alors ne partez pas trop loin.

Geds

Steel Magnolias – Entre raison et désir

Depuis 80 ans, la Geneva English Drama Society divertit les anglophones et anglophiles du bassin genevois. En ce moment au Théâtre de Terre-Sainte de Coppet, elle propose une semaine de représentations de la pièce Steel Magnolias, portée par de talentueuses comédiennes.

Texte de Frida

Robert Harling, l’auteur de la pièce, l’a écrite peu après le décès de sa sœur Susan avec la volonté de raconter l’histoire de cette dernière et d’en chérir le souvenir. Celle-ci souffrait de diabète et les médecins lui déconseillaient d’avoir un enfant en raison des complications que cela pourrait engendrer. Elle a pourtant tenu à réaliser ce rêve. Malheureusement, la grossesse a fatigué son organisme, lui provoquant de graves problèmes rénaux.

Robert Harling ne s’attendait pas à entendre des rires fuser lors des premières représentations de sa pièce et c’est pourtant ce qui arriva, et ce qui n’a jamais cessé au fil des années. Ce récit tragique ne transforme en effet pas la pièce en un spectacle larmoyant. L’auteur ne se focalise pas uniquement sur la maladie de sa sœur mais aussi sur sa vie et celle des femmes qui l’entourent. La personnalité des protagonistes et la saveur des dialogues sont un véritable hommage à la vie, avec ses joies et ses peines.

Le public assiste aux échanges entre six femmes qui se retrouvent régulièrement dans le salon de beauté d’un village de Louisiane. Les discussions mises en scène ont lieu à différents moments de leur existence et s’étalent sur plusieurs années. On entre dans l’intimité de ces personnages, voit leur évolution et le renforcement de leur amitié. Six femmes, un salon de beauté, le contexte pourrait paraître superficiel. Les spectateur∙ice∙s se rendront rapidement compte qu’il n’en est rien. Sous l’humour et la légèreté, des sujets sérieux et profonds sont abordés. Les personnages partagent leurs réflexions sur leur mariage et sur leurs insatisfactions.

Chacune possède une personnalité propre et dévoile son unicité tout au long de la pièce. Robert Harling brosse un beau portrait de sa sœur au travers du personnage de Shelby. Elle se montre déterminée, forte et joyeuse et n’a aucune envie que sa condition définisse sa vie. Sa mère, M’Lynn, s’inquiète continuellement de son état et n’approuve pas toujours les décisions de sa fille, mais elle agit toujours avec amour. Sous couvert d’une relation parfois chaotique et conflictuelle, les deux femmes s’aiment tendrement.

Geds

Photos: Geds

Une attention spéciale semble portée aux tenues des protagonistes en parfait accord avec leur personnalité. Shelby nous fait notamment sourire avec sa passion pour la couleur rose qu’elle porte constamment. Truvy, la pétillante propriétaire du salon de beauté qui raffole de potins, s’habille de jupes courtes et de talons. M’Lynn porte toujours la même coupe de cheveux, simple et pratique. Sa fille pense qu’elle se rapproche davantage d’un ballon de football que d’une réelle coiffure.

La pièce se révèle drôle et touchante. L’actrice Olga Derenkova est excellente quand elle campe Ouiser, une vieille fille au caractère revêche et à l’humour décapant. Le public rit autant de son ironie que de sa personne. Comme elle le dit si bien: “I’m not crazy, I’ve just been in a very bad mood for forty years.” (“Je ne suis pas folle, mais juste de mauvaise humeur depuis quarante ans“.

Gillian Barmes, dans le rôle de M’Lynn, bouleverse quant à elle les spectateur∙ice∙s. Les mots poignants qu’elle prononce regorgent de colère et d’incompréhension face au sort de son enfant. Elle n’aurait pas fait les mêmes choix que sa fille et ne comprend pas toutes les décisions que cette dernière a prises. Mais elle l’a soutenue et a accepté ses choix. C’est une pièce profondément humaine qu’a mise en scène Neil-Jon Morphy.

Steel Magnolias
Du 8 au 12 novembre
Théâtre de Terre Sainte, Coppet
www.geds.ch

La Lumière des possibles 1a

Artraction – reprendre la route

Mercredi soir à Genève, La Lumière des possibles filtrait au travers des Ports Francs, diffusée par les œuvres des deux artistes Emanuela Lucaci et Madeleine Rosselet Van Zyl ainsi que par le vibrato de la soprano Savika Cornu Zozor. Le titre de cette exposition temporaire organisée par Artraction, à voir du 3 au 25 novembre, évoque on ne peut mieux la mission de l’entreprise: celle de tracer un bout de chemin prometteur avec des personnes en réinsertion professionnelle.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

En accueillant l’exposition La Lumière des possibles et son vernissage, c’est la seconde fois que les Ports Francs et Entrepôts de Genève œuvrent aux côtés d’Artraction. Anne-Claire Bisch, directrice générale du complexe, le souligne: Artraction, c’est se remettre sur les rails, reprendre la route, et surtout en équipe; les Ports Francs sont donc fiers d’en être les partenaires pour l’occasion.

La plateforme nomade – ayant notamment exposé à la boutique Ateapic à Lausanne, à l’Espace 81 à Morges ou encore à la Société de lecture à Genève – a un statut particulier et des buts non des moindres; fondée en 2008, elle est l’une des onze entités de la Société Coopérative Démarche, qui soutient l’insertion sur le marché du travail. En tant que pôle culturel, elle vise donc, tout en employant temporairement des personnes dans des domaines tels que la logistique, la communication, le marketing ou l’accueil, à donner une visibilité à des artistes et créateur∙ice∙s contemporain∙e∙s au travers de ses services de vente, de location d’œuvres et d’expositions.

Jusqu’au 25 novembre, ce sont ainsi les œuvres d’Emanuela Lucaci et Madeleine Rosselet Van Zyl qu’Artraction invite à découvrir dans un bel espace dédié.

La Lumière des possibles 2a

UnityMadeleine Rosselet Van Zyl

Dans les toiles de Madeleine Rosselet Van Zyl, née en Afrique du Sud, on observe une volonté de capter la lumière. Julie Fazio, curatrice, attire notre attention sur l’approche photographique de l’artiste qui étudie l’anatomie de fleurs comme à travers un objectif macro.

Emanuela Lucaci, qui été commanditée notamment par le CERN ou UNICEF International, expose la série inédite Green Spaces réalisée pendant le confinement, abordant le thème de notre perception et de nos liens sensoriels et visuels avec la nature.

Réunies sous ce thème de la nature, les œuvres ont pris encore une nouvelle teinte lors du vernissage, tandis que la soprano Savika Cornu Zozor interprétait Song to the moon, tiré de l’opéra fantastique Rusalka de Dvořák, et un émouvant Somewhere de West Side Story. En chantant “there’s a place for us, […] hold my hand and we’re halfway there“, elle rendait ainsi hommage, a-t-elle expliqué, au soutien d’Artraction dont elle avait elle-même bénéficié dans son parcours.

La Lumière des possibles
Du 3 au 25 novembre 2022
Lundi au vendredi, de 7h45 à 11h30 et de 13h à 16h45
Ports Francs Genève, Les Acacias
artraction.ch

Image de haut de page: Last Green, de Emanuela Lucaci

Paillettes et Rock’n’roll

Let’s get ready to rock! Il y a deux semaines, le Théâtre du Grütli accueillait un championnat mondial de rock’n’roll acrobatique où le duo Dynamic Swingers avait toutes ses chances de gagner. Avec Kick Ball Change, Charlotte Dumartheray et Kiyan Khoshoie nous ont livré une performance haute en sueur et lycra. Et nous étions prêt∙e∙s. La pièce sera jouée ce soir au Spot à Sion.

Texte de Catherine Rohrbach

La salle est dans le noir. Les projecteurs s’allument pour laisser apercevoir rapidement une danseuse voltigeant autour de son partenaire. Le noir se fait à nouveau. Pendant quelques secondes, on ne voit plus rien sur la scène du Grütli, mais on entend des petits pas rapides résonner. Lumière. Le public découvre une salle de gym qui semble être le théâtre des entrainements de Charlène et Ryan, les Dynamic Swingers, quelques moments avant leur performance au championnat mondial de rock acrobatique.

L’acte s’ouvre avec nos deux personnages, face à face. Ils répètent presque avec frénésie les même pas, les mêmes routines, les uns après les autres. C’est tendu, les mouvements comme l’ambiance, on sent que quelque chose d’important se prépare et en effet! C’est la dernière ligne droite avant, on l’espère, leur ascension sur le podium. Déterminés à battre leur adversaire, ils s’entrainent, se challengent avec des interviews improvisées (tout en gardant le rythme), se voient livrés à leur stress et subissent l’excitation et la pression du championnat. Le public est essoufflé, alors que sur scène, les saltos, Céline Dions, kick ball changes et autres pas de danse n’ont aucun secret pour nos deux athlètes qui les exécutent à merveille et avec le sourire!

©Dorothée Thébert Filliger

Non seulement, on assiste aux prouesses techniques de Charlotte Dumartheray et Kiyan Khoshoie, mais en plus, on rit. Si vous pensiez n’assister qu’à une performance de danse, vous serez ravi∙e∙s de voir qu’ils intègrent aisément l’humour à leurs pirouettes. Ce n’est pas la première fois que les deux artistes collaborent et mélangent danse et humour. Il y a quelques années, le public découvrait Grand écart, un stand-up dansant interprété par Khoshoie et mis en scène par Dumartheray. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’ils dansent le rock’n’roll acrobatique ensemble non plus; les artistes sont rencontrés adolescents lors d’un cours de cette discipline. Le duo est proche et ça se sent sur scène.

À la sueur et l’humour, s’ajoute également le suspense. Vont-ils surmonter les aléas de leur collaboration? Vaincre les hongrois? Gagner le championnat? Tout semble indiquer que tout se finira bien pour les Dynamic Swingers, après une entrée en scène remarquée par leur cloche de vache, mais nous n’oserions vous gâcher la fin de la pièce – je vous laisserai la découvrir par vous-même lors de leur tournée de fin d’année. En tout cas, quel que soit le podium finale, Kick Ball Change a gagné le public du Grütli et saura certainement gagné celui du Spot à Sion, où la pièce sera jouée ce soir.

De manière générale, la pièce semble montrer, avec légèreté, humour et paillettes, les péripéties d’une création artistique (et finalement de tout projet qui tient à cœur): les heures d’entrainement et de répétition frénétique, les hauts et les bas liés à la collaboration, les moments d’espoir, de déception, de frustration, les liens tissés. On peut se demander à quoi bon cet acharnement à la perfection quand le résultat ne dure que quelques minutes et n’est jamais vraiment garanti. Une chose est sûre, le plaisir final – que ce soit des artistes ou du public – en a valu la peine. 

Et si vous voulez assister aux exploits rythmiques du duo, vous pourrez les retrouver aux lieux et dates suivants:

– 01.11.2022, Le Spot, Sion
– 10-11.11.2022, L’Usine à Gaz, Nyon
– 19.11.2022, L’Echandole, Yverdon
– 07-11.12.2022, La Grange de Dorigny, Lausanne
– 12.01.2023-13.01.2023, Le Pommier/ADN – Danse Neuchâtel, Neuchâtel

Photo de haut de page : © Dorothée Thébert Filliger

Kendrick Lamar

Kendrick Lamar, une légende à Lausanne

Mercredi 26 octobre, La Vaudoise Arena accueillait le très attendu concert de Kendrick Lamar. Tant par sa performance que son talent, le lauréat du prix Pullitzer 2018 n’a pas déçu ses fans.

Texte de Catherine Rohrbach

Le public est en effervescence. Un grand rideau blanc tombe sur la scène. Dans quelques minutes, un des rappeurs les plus influent de cette génération commencera sa performance. L’intro de United In Grief résonne dans l’Arena, des danseur·euse·s entrent sur scène par une passerelle qui divise le public en deux, le rideau se lève et révèle Kendrick Lamar au piano accompagné d’une marionnette à son image. Le show commence.

La formule est simple, Kendrick avec son flow percutant et infatigable, quelque figurant·e·s, une scénographie sobre mais saisissante, une interprétation de son dernier album Mr Morales & The Big Stepper entrecoupée de ses plus grands succès. Le rappeur arrive facilement à enflammer la fosse, à lever le public assis et à mettre le feu sur scène (littéralement).

Si le concert suit assez bien la tracklist de Mr Morales and the Big Steppers, Kendrick Lamar arrive sans aucune peine à insérer les chansons de ses précédents albums tout en gardant le fil narratif du dernier venu. Le public reste captivé du début à la fin. Même les featuring avec les premières partie Tanna Leone et Baby Keem gardent la cohésion de la performance. Musicalement, il n’y a rien à redire. On regrette peut-être l’absence de musicien·ne·s sur scène qui sont rélégué·e·s sur les côtés, comme lors de sa dernière tournée en 2018.

Kendrick Lamar2

Comme dans une pièce de théâtre, le rideau sur scène se lève et se baisse pour marquer les changements d’actes. La performance du génie de Compton se fait, en effet, sur plusieurs tableaux, chacun séparé par des interludes narrés par Dame Helen Mirren et encré dans l’actualité. En effet, s’il est facile de s’évader sur les sons de Lamar le temps de son concert, ce dernier reste fidèle à lui-même et ne nous fait pas oublier la réalité sociale dans laquelle il évolue. Ainsi, on le voit en ombre chinoise avec des flèches dans le dos pendant Count me Out, comme pour montrer les traumas de sa génération, ou encore dans une boite en plexi faisant référence à la pandémie actuelle: “it’s time to take your covid test”, entend-on avant Alright. Tout ira bien, nous assure l’artiste et on veut le croire. Cette boite pourrait également faire référence aux règles du hip hop que Kendrick fait et défait avec chacun de ses albums. En s’élevant dans celle-ci plusieurs mètres au-dessus de la scène, l’artiste montre qu’il est au-dessus de tout dictat. La dernière citation du concert est d’ailleurs “you’ve made it out of the box. Now, can you stay out of it?”. Avec cette performance magistrale Lamar montre bien qu’il ne doit pas être casé dans une boite.

Le concert se termine comme il a commencé avec Kendrick Lamar seul. Sur son piano. Sur les notes de Savior le rappeur quitte la scène humblement. La fin abrupte de la performance en rajoute à sa puissance. La vaudoise Arena se vide de son public fier d’avoir assisté au show d’un géant du rap contemporain.

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Odyssée

Ulysse, le grand héros?

l’odyssée (en minuscule) revisitée

Le 25 octobre se déroule au Théâtre 2.21 la première de Odyssée, dernier chant. Nous découvrons la mise en scène de Cédric Dorier et les artistes Denis Lavalou, Clémence Mermet et Raphaël Vachoux sur la tragédie de Jean-Pierre Siméon, qui s’en réapproprie les codes avec poésie et humour.

Texte et propos recueillis par Jeanne Moeschler

Le spectacle commence de manière incisive (quelques âmes sensibles dans le public sursautent) et nous voilà plongé∙e∙s dans les Enfers, un lieu qui s’ancre particulièrement bien au sein de la scène du 2.21, plutôt basse et petite. L’Odyssée commence… une odyssée? Les navires, les batailles sanglantes et les amourettes d’Ulysse à tout va ne sont plus qu’un souvenir: c’est un jeune homme affaibli qui se tortille comme un ver au bout d’une corde que nous voyons sur scène. Larmoyant, déchiré entre la vie et la mort – car l’intrépide a bu de l’eau mortelle de l’Achéron – Ulysse n’attend que de questionner Tirésias sur son avenir politique et amoureux. Il devra prendre sa curiosité en patience… c’est Euméos, douanier des âmes, et une jeune femme – une Ombre étrange et envoûtante – qui s’occupent, pour l’instant, du Héros tourmenté. Alors que le premier part à la recherche du devin, un jeu de séduction et de désillusion commence entre Ulysse, encore vivant, torse nu, dévoilant ses attraits tel le héros que l’on imagine et la femme, quelque part entre la mort et la vie, la tendresse et la moquerie. Mais qu’est-ce qui séduit le jeune homme? Le prestige et les victoires dont il se languit à grands cris, regardé de haut par l’Ombre qui se trouve au-dessus de lui (autant physiquement que par ses dires). Détachée de l’existence des vivants, elle rit de l’orgueil et de l’égocentrisme de notre héros qui feint de se remettre en question au moment où il goûte la saveur de la mort sur sa langue.
Se déroulant sur plusieurs niveaux visuels, Ulysse semble parfois se rapprocher du monde des vivants avant de glisser douloureusement en-dessous, au bas des Enfers, à l’inverse de l’Ombre qui se déplace dans l’espace avec la légèreté et la malice d’un souffle d’air. C’est également avec un sourire narquois que le public assiste à l’effroi d’Ulysse lorsqu’il entend les prédictions du devin, qui nous fait glousser par sa tenue cocasse et ses mimiques comiques. L’eau mortelle du fleuve renverse les ordres et Ulysse plonge chez les morts (dans un décor aux airs de bassin de piscine): aux eaux victorieuses que le Héros traversait et aux libations dont il s’abreuvait, s’oppose le “murmure des fontaines”, subtile et doux que les Grands ne prennent même plus la peine d’écouter. C’est ce chuchotement simple qui devrait accompagner l’existence à laquelle Ulysse tient tellement qu’il est prêt à en regoûter la saveur terrible de la vie que va lui imposer Hadès pour le reste de ses jours.
odyssée dernier chant

À la fin de la pièce, le public conquis applaudit chaleureusement les comédiens, la comédienne et le metteur en scène jusqu’à en avoir les mains rouges et endolories. Dans le foyer, nous félicitons Cédric Dorier pour son travail de mise en scène et celui-ci nous confie “avoir été très content d’apprendre que la pièce pourrait se dérouler au 2.21, car l’idée était vraiment de créer des Enfers, avec de la profondeur dans un espace petit”. Au niveau des costumes, il a été décidé (après différents essayages de marcels) de présenter Ulysse “torse nu, comme les héros et les statues grecques” et les deux autres personnages “dans des couleurs cuivrées des Ombres des Enfers, où le jeu de Lumières – reflets brillants et vivants – laisse planer le doute”. Ulysse, encore vivant, semble en effet plus vulnérable que les Ombres intangibles.

Le metteur en scène a déjà joué ou travaillé avec les trois comédien∙nes, une alchimie artistique qui se ressent dans cette œuvre poétique. Cette odyssée en minuscule nous invite à remettre en question l’égocentrisme contemporain de l’homme et sa recherche de la grandeur qui ne trouve que la haine au bout. L’insatisfaction perpétuelle de la réalité résonne comme des vagues assourdissantes au lieu de couler avec le murmure des fontaines. Un voyage, introspectif mais de dimension atemporelle et universelle, à entreprendre le temps d’une soirée au Théâtre 2.21.

Odyssée, dernier chant
Cie Les Célébrants
Du 25 octobre au 13 novembre 2022
Théâtre 2.21, Lausanne
theatre221.ch

AU RYTHME DES TOUCHES

Alors que les mélodies du Concours de Genève ont résonné dans la cité de Calvin pour la première fois en 1939, cette rencontre musicale internationale ouvre les portes de sa 76e édition. La pandémie ayant bousculé l’agenda de la succession des disciplines, la composition et le piano ont finalement été élus pour 2022. Les étapes de sélection se sont déroulées au courant de l’année pour aboutir à une série d’événements en automne. Si la finale du Concours de composition aura lieu le 26 octobre, les pianistes s’affronteront pour la dernière étape le 3 novembre au Victoria Hall, accompagné·e·s de l’Orchestre de la Suisse Romande, dirigé par Maržena Diakun.

Texte et propos recueillis par Eugénie Rousak

La dernière édition du Concours de piano s’est déroulée en 2018, cette discipline a donc tout naturellement été planifiée pour cette année, gardant le rythme des quatre ans d’intervalle. Au total, plus de 180 candidat·e·s de moins de 30 ans ont envoyé leur candidature, représentant 28 pays. Quarante musicien·ne·s ont ensuite été sélectionné·e·s par le jury présidé par la pianiste Janina Fialkowska. Les membres s’étaient réunis durant quatre jours au Théâtre Les Salons pour visionner l’ensemble des vidéos et faire leur choix. Finalement, au mois de septembre, au terme du récital en ligne, neuf demi-finalistes âgé·e·s de 16 à 28 ans, Jae Sung Bae (Corée), Sergey Belyavsky (Russie), Kevin Chen (Canada), Kaoruko Igarashi (Japon), Miyu Shindo (Japon), Zijian Wei (Chine), Yonggi Woo (Corée), Adria Ye (Etats-Unis) et Vsevolod Zavidov (Russie), ont été désigné·e·s pour s’affronter à Genève au mois d’octobre. Ce format hybride a été utilisé pour la deuxième fois pour le Concours. “Bien entendu, il est toujours possible de regretter les auditions en direct, mais les enregistrements permettent de revenir en arrière et de réécouter. Par cette décision nous voulions surtout nous adapter au nouveau monde numérique d’après la pandémie. Continuer avec le récital en ligne est notre façon de pousser les jeunes musiciennes et musiciens à maîtriser de mieux en mieux les outils qu’ils vont devoir utiliser durant toute leur future carrière. Nous leur avons donné des instructions assez précises et une aide financière, mais ils devaient trouver une bonne salle avec un piano et s’entourer d’une équipe de professionnels du son pour avoir cette expérience d’enregistrement de récital professionnel de 45 minutes” explique Didier Schnorhk, secrétaire général du Concours. Le nouveau format permet également à plus d’artistes, notamment de l’Asie, de participer sans faire le déplacement.

Théo Fouchenneret, 1er Prix ex aequo 2018 ©Anne-Laure Lechat

Personnalité artistique au programme

Ouverte au public, la Demi-Finale se compose de trois étapes. Les deux premières épreuves sont assez traditionnelles avec un récital solo d’une soixantaine de minutes et une épreuve de musique de chambre d’une demi-heure. “Nous laissons carte-blanche aux candidats, le répertoire pour piano étant très riche. L’idée est de les inciter à faire preuve d’originalité en proposant un programme qui leur correspond, qui a un sens pour eux. Pour la partie de musique de chambre, le jury regarde également comment ils interagissent avec des musiciens et chanteurs inconnus qui ont leur propre vision des œuvres. Est-ce que le jeune se contente d’accompagner ou essaye d’appuyer sa position, situation qui débouchera sur une sorte de conflit ou au contraire une osmose en deux répétitions? C’est un exercice très particulier qui nécessite une grande capacité d’adaptation et une bonne qualité de l’oreille pour s’aligner, mais qui finalement sera demandé tout au long de la carrière professionnelle” détaille Didier Schnorhk.

La dernière partie est celle d’un projet personnel, grande nouveauté de cette année. Cette innovation est venue du constat qu’à la suite de la pandémie, les organisateur·trice·s de concerts donnaient surtout la priorité aux artistes établi·e·s, mais étaient prêt∙e∙s à ouvrir leurs portes aux jeunes avec un projet original et personnel. La commission artistique du Concours a donc décidé de concrétiser cette réalité par une épreuve artistique. L’objectif est de donner l’occasion aux musicien·ne·s de réfléchir à un projet, qui peut prendre n’importe quelle forme, allant d’un concert thématique à un spectacle complexe mélangeant différents arts. “Si le lauréat est vraiment motivé par son projet, indépendamment du résultat, nous allons l’aider à trouver des financements. D’ailleurs, pour les trois finalistes, nous organisons également une série d’ateliers de formation professionnelle pour discuter de la gestion de leur carrière, relations avec la presse, promotion, etc., ce qui est assez inédit pour un Concours” précise le secrétaire général.

Jury de l’année

Choisi par la commission artistique, le jury se compose personnalités diverses. Spécialisée dans le piano classique et présidente de cette année, la canadienne Janina Fialkowska travaille dans le monde des auditions depuis près de 50 ans. À ses côtés, six membres du jury. Également assez classique dans son approche, l’autrichien Till Fellner a gagné le Concours Clara Haskil à Vevey, pour aujourd’hui concilier l’enseignement et une carrière musicale. Très connu sur la scène espagnole, Josu de Solaun est une personnalité totalement atypique, qui improvise, compose et écrit de la poésie. Le Suisse Gilles Vonsattel est un ancien lauréat du Concours de Genève, qui aujourd’hui fait notamment de la musique contemporaine. Originaire du Japon, Momo Kodama se produit avec les plus grands orchestres aussi bien en Asie, qu’en Europe et aux États-Unis. Issue de l’école russe et arménienne, Marianna Shirinyan travaille régulièrement dans les pays nordiques, où elle est notamment directrice artistique d’un festival de musique. Professeur à Paris, Florent Boffard est pianiste contemporain, très ouvert à des nouvelles expériences.

Ensemble, ils détermineront le gagnant de la 76e édition du Concours de Genève le 3 novembre prochain au Victoria Hall.

Dmitry Shishkin, 1er Prix ex aequo 2018 ©Anne-Laure Lechat

Calendrier à venir du Concours de Genève

Portrait des finalistes
23 octobre à 17h, Conservatoire de Genève
Finale de composition
26 octobre à 19h, Conservatoire de Genève
Demi-finale de piano – récital solo
27 et 28 octobre dès 14h30, Conservatoire de Genève
Demi-finale de piano – musique de chambre
29 et 30 octobre dès 14h30, Conservatoire de Genève
Masterclass publique par Janina Fialkowska
31 octobre et 1er novembre à 14h et 16h, Bâtiment Duffour (HEM)
Finale de piano
3 novembre à 19h, Victoria Hall
Concert des lauréats
5 novembre 2022 à 18h30, Conservatoire de Genève
Récital des lauréats
6 novembre à 17h30, Temple de Jussy

Photo de haut de page : Chloe Ji-Yeong Mun, 1er Prix 2014 ©Anne-Laure Lechat

Piscine

Le public de la piscine

Deux ans après une première performance dans une serre Fulleraine, l’artiste-chorégraphe valaisanne Florence Fagherazzi et ses élèves de danse sont de nouveau allés à la rencontre du public avec Silent Fights.

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Assis∙e sur un banc de la paisible Martigny, vous regardez les voitures passer. Nous sommes le 18 septembre et, en cette fin d’après-midi, le temps est encore clément. Que faire? Où aller? Une balade vous ferait du bien mais il n’est pas évident de se décider. D’ailleurs, somme toute, vous êtes quand même bien sur ce banc.

Texte de Clara Boismorand

Aux abords de la sortie du parking, le soleil vous plisse les yeux et se reflète dans les vitres des véhicules. Ébloui∙e vous détournez la tête. Une voiture est sur votre gauche. La fenêtre du passager avant s’abaisse et des visages familiers émergent de la pénombre carrossière. “Vous faites quoi? […] À la piscine, il y a un spectacle de danse contemporaine. […] C’est gratuit. […] dans cinq minutes. […] Venez! “.

Sans vraiment comprendre comment cela est arrivé, vous vous retrouvez sur un des sièges arrière. On vous parle, on rigole, on s’agite. La piscine a fermé pour la saison depuis quelques jours. C’est excitant de se rendre dans un lieu condamné la moitié de l’année. Quel lieu singulier, la piscine, tout de même! C’est irréel de passer ainsi de la vie à la mort, d’une eau bleue nerveuse et effervescente en été, à une eau verte plate et chagrin en hiver. Les piscines publiques ont cela d’étrange: une fois fermées, elles inquiètent. On se demande si elles rouvriront un jour, si l’été reviendra. Il reviendra, n’est-ce pas?

reflet

 

Vous passez le tourniquet de l’entrée. Il y a du monde sur le gazon mais personne n’ose s’approcher de la piscine. Interdit∙e, vous évitez les bassins du regard et préférez concentrer votre attention sur les gens autour de vous; jusqu’à ce qu’une voix vous extirpe de l’inconfort. La voix, qui vous parvient à travers des haut-parleurs, vous invite à vous mettre en marche. Curieux∙se et incertain∙e quant à ce qui vous attend, vous avancez dans le gazon et, au tournant, trébuchez, sur une rangée de danseurs et danseuses tout vêtu∙e∙s de noir, le visage encré de mots.

La musique débute et vous voici parti∙e pour une heure de performance itinérante. Du gazon, vous rentrez dans la piscine – vidée à l’occasion – et découvrez, au fond, d’autres danseurs et danseuses. Les corps se disloquent, se tordent, se crispent et se relâchent; on court, on rampe et on tombe! Le tout se termine sur la musique de Cerrone Supernature. À l’image de la scène d’ouverture dans Climax de Gaspard Noé, danseur∙euse∙s et public chaloupent ensemble dans les  profondeurs de la piscine. Grisé∙e et un peu sonné∙e par ce que vous venez de voir et de vivre, vous échangez avec quelques personnes autour de vous.

piscine portrait

Photo: Colombe Boismorand

Parmi elles, Remy, un entraîneur de natation de Martigny, Noélie et Colombe, deux sœurs, Leopold et Sophie, deux danseurs et Arnaud, un jeune graphiste. Amené∙e∙s par la curiosité et le bouche à oreille, leurs paroles résonnent encore contre les parois de la piscine:

  • “c’était intéressant”
  • “ils auraient pu un peu plus sourire tout de même”
  • “j’ai surtout aimé la fin”
  • “on m’a forcé à venir ici”
  • “certains danseurs se démarquaient, c’était sympa”
  • “ils ont choisi la facilité”
  • “la musique était très belle”
  • “ça m’a inspiré”
  • “elle m’a dit de venir et je suis venu”
  • “beaucoup d’émotions dans ce spectacle et on les a ressenties, c’était bien fait”
  • “j’ai eu peur, j’ai été pensif, peut-être un petit peu triste mais j’ai eu beaucoup de joie, les danseurs n’étaient pas des humains mais des pensées”
  • “je n’aime pas trop la danse contemporaine mais sur les deux spectacles que j’ai vus, celui-ci était mon préféré”
  • “par hasard”
  • “j’ai aimé la dernière partie où on se prenait moins au sérieux et qu’il n’y avait pas nécessairement de message à faire passer”

instagram: @florence_fagherazzi_danse

Photo de haut de page: © Florence Fagherazzi

Garçonnières

Garçonnières, à la découverte de l’homme d’aujourd’hui et de demain

À travers un documentaire sur la masculinité, l’ethnologue Céline Pernet tente de déchiffrer le comportement des hommes et de mieux comprendre leur vision de la séduction, du sexe, du corps ou encore de la paternité. À l’heure où l’on essaye de détrôner l’homme viril de son piédestal duquel il lorgne la gente féminine, les discussions entre la réalisatrice et les mâles interrogés mettent en lumière les clichés à oublier, les enjeux à discuter et les chemins à prendre pour se diriger vers une nouvelle masculinité inspirante.

Texte de Jeanne Möschler

Une entrée dans leur monde

Assis en tailleur sur un tabouret jaune ou enfoncés dans leur canapé, t-shirt rapiécé ou chemise à col saillant, tous les spécimens pourtant bien différents dégagent une petite fragilité ou une légère inquiétude face à la caméra qui les incite à se questionner sur la masculinité. Céline Pernet est en effet bien décidée à décrypter les valeurs auxquelles les hommes obéissent et celles qu’ils souhaitent transmettre, car bien qu’elle les désire et les aime, ils lui semblent parfois venir d’un autre monde… dont les portes peuvent enfin s’ouvrir grâce à sa caméra. Nous sommes invité∙e∙s à entrer dans l’intimité des quelques 26 hommes qui, après avoir répondu à l’annonce de Céline Pernet, se retrouvent filmés de manière frontale dans leur appartementet doivent répondre à une première question suivie de beaucoup d’autres: c’est quoi un homme aujourd’hui?

Détrôner… mais où vont s’asseoir les rois?

L’homme doit se sentir homme, c’est-à-dire chasseur et savoir qu’il peut attraper sa proie… Il y a d’autres choses que la pénétration, les oreilles par exemple, c’est une source de plaisir incroyable… Si je ne paie pas le deuxième verre, je sais que je perds 50% de chance de rentrer avec la fille… On pense souvent que je suis riche, c’est peut-être parce que je suis chauve… Un mari qui n’éprouve du désir que pour sa femme? Impossible, mais l’inverse… Il faudrait laisser les femmes vivre comme des mammifères, avec leurs poils…

Dans la salle de cinéma, des gloussements et des éclats de rire (surtout de la part des femmes) ponctuent ces bribes de phrases prononcées par les bêtes interrogées. Le discours des hommes du film est parfois drôle, décomplexé, parfois touchant ou ambigu mais le fait qu’ils aient répondu à l’annonce de la réalisatrice montre dans tous les cas qu’ils sont curieux et s’interrogent. Et c’est sûrement parce qu’ils se trouvent en effet dans une période charnière, autant dans la société qu’à leur échelle personnelle. Globalement, le féminisme ruisselle de plus en plus un peu partout et la masculinité de la génération de nos parents est remise en question et subvertie. Intimement, dans la fleur de l’âge entre la trentaine et la quarantaine, les hommes se rendent compte que les injonctions qu’ils ont subies pendant leur enfance causent des dommages sur leur comportement encore aujourd’hui et se questionnent donc sur les valeurs qu’ils souhaitent transmettre à leurs enfants ou dans quelle peau d’homme ils souhaitent vieillir.

Ce qui ressort globalement, c’est que les hommes se sentent un peu perdus. Entre masculinité sexiste, toxique, à l’ancienne, ou des individus qui se sentent mis à l’écart et invisibilisés, il conviendrait alors de trouver une masculinité inspirante, qui ne surplombe ou ne se retrouve dans l’ombre de la femme. Mais à en entendre certains, on se rend compte que leur retirer la couronne s’avère plus compliqué que prévu.

Une réflexion en miroir

Céline Pernet s’interroge également sur son rapport aux hommes, au sexe et aux relations amoureuses. Le dialogue entre la réalisatrice et les hommes montrent les différences qui ont été créées par la socialisation et qui forgent leur comportement au quotidien. À travers des plans insérés entre les moments d’interview, on voit aussi la démonstration de force masculine dans les domaines extérieurs au chez soi: soldats à l’armée, garçons sur le plongeoir et filles sur le côté, buissons très frisés se faire raser par des hommes à tronçonneuses… ces images du Public répondent aux dialogues du Privé, qui les illustrent ou les déconstruisent, montrant que la domination masculine existe toujours mais se fait de moins en moins timidement réinterroger.

Une garçonnière ouverte à toutes et tous

Agréable, drôle, reposant et inspirant, ce documentaire de 90 minutes qui, bien que certaines choses aient été déjà pas mal entendues, permet de voir où en sont les interrogations des femmes et surtout des hommes sur leur place dans la société d’aujourd’hui et donne de l’espoir sur une société plus égale entre les genres!

Actuellement aux Pathé Les Galeries (Lausanne), au Nord-Sud (Genève), Cinélucarne (Le Noirmont), Apollo (Neuchâtel)

https://climage.ch/

Joël Maillard, les trucs qui lui font peur et les choses dont il a marre

Après s’être frotté au théâtre à travers ses propres textes et mises en scène pendant de nombreuses années, Joël Maillard se lance dans le stand-up. Il ne sait pas comment faire, mais il est en quête perpétuelle de dilettantisme. Résilience mon cul, c’est l’artiste lui-même, face à nous, qui nous parle de ses peurs et ses doutes quant à la capacité de résilience d’une société qui fonce droit dans le mur. Des blagues, il y en a, mais pas tout le temps. C’est drôle et triste, étonnant et inspirant.

Texte et propos recueillis par Jeanne Möschler

Du théâtre au stand-up

Fondateur de sa propre compagnie de théâtre SNAUT, Joël Maillard joue depuis 2012 avec différent·e·s artistes dans des pièces qu’il écrit et met en scène. Elles ne sont pas forcément interactives, mais elles “mettent le public dans la fiction” à travers le dispositif scénique et visuel, explique-t-il. L’assistance a par exemple dû s’asseoir sur scène pour former un cercle de parole, dans lequel une actrice se confiait. Une autre fois, la pièce se déroulait dans une cabine noire pour une personne, seule, qui entendait des voix préenregistrées. À travers une mise en scène où le public pouvait décider de son déroulement en appuyant sur des boutons, Joël Maillard a tenté encore une fois de trouver un autre rapport entre acteur·ice·s et spectateur·ice·s, mais il conclut finalement que “c’était raté”. Il décide, en 2017, de revenir à des formes de théâtre plus traditionnelles, avec les gradins d’un côté, et la scène de l’autre. Et cette fois sous la forme d’un stand-up.

Mettre les pieds dans le plat

Le spectacle est presque dénué de mise en scène, juste un micro, un synthétiseur et Joël Maillard lui- même qui nous parle de ses obsessions et ses craintes. Il choisit d’en exagérer certaines tandis qu’il en atténue d’autres. Les thèmes sont inspirés de sa vie et de la vie, ce qu’il dit peut être vrai ou faux, il nous le dit mais on n’est pas obligé de le croire. Les sujets dont il parle sont “touchy” car “c’est important d’essayer de mettre les pieds dans le plat”. Ainsi, le comédien commence en s’interrogeant sur le bien-être et les moyens surabondants pour tenter de le trouver dans notre société. Les rayons des librairies débordent d’ouvrages sur le développement personnel, les sites regorgent d’articles sur la pleine conscience et on trouve des coachs et tutoriels à pléthore. “C’est pas que ça fait pas sens”, estime l’artiste, “(…) mais quand on en est à faire ça, c’est comme si tous les autres problèmes étaient résolus et qu’on en est déjà au stade où on a plus qu’à mieux respirer. Il admet avoir tenté un cours de méditation et a été effrayé par l’image de notre société qui recherche le bonheur individuel: “C’était chiant et j’eu l’impression d’être au McDo: on donne aux clients la même recette avec des phrases toutes faites et des citations du Dalaï Lama hors-contexte. Ca faisait aucun sens.”

Une société problématique, capable de résilience?

Ce business du bien-être entre au final dans la structure du capitalisme qui nous force à adopter un regard très individuel sur le monde. Joël Maillard en parle, du capitalisme. Il le chante même, accompagné de son synthétiseur, “j’encule pas le capitalisme (..) j’encule le capitalisme”. Il l’encule ou pas? Non, car en plus de ne pas savoir où est son trou, l’artiste est dépendant des contribuables: “il y a des gens qui ont assez de thune pour que ça ruissèle à quelque chose d’aussi inutile que l’art”. Se déclarer anticapitaliste est paradoxal du moment où la personne qui le prononce reçoit un salaire, estime l’artiste – qui ne voit idéologiquement pas d’alternative réaliste et viable à long terme à ce système. D’ailleurs vivre et mourir, c’est un autre sujet qui préoccupe Joël Maillard: “La mort, j’y pense beaucoup. Parmi les choses qui me retiennent dans la vie, il y a le fait que je suis incapable d’écrire ma lettre d’adieu.” Ce passage a finalement été coupé du stand-up afin de garder un équilibre entre les moments drôles et ceux sans blague. Ce que notre interlocuteur préfèrerait serait de se réveiller une semaine “tous les dix ans ou tous les siècles”, pour voir comment la société va se redresser après la catastrophe. Il pense que l’espèce humaine ne disparaitra pas à cause du réchauffement climatique: c’est trop grand, il y a des gens avec beaucoup d’argent qui pourront s’en tirer. Mais quelle humanité va advenir après l’effondrement? La société devra faire preuve de beaucoup de résilience pour se reconstruire sur ses débris. Et c’est une question de comportement, de décision, pas de foi: notre interlocuteur à la tignasse bouclée s’est converti à l’athéisme. “J’ai de la peine à respecter un Dieu qui veut brûler les homosexuels”, témoigne-t-il. Et cela ressort explicitement dans son spectacle quand il a des flatulences et que c’est Dieu qui s’exprime sous la forme d’un pet, et “ce n’est pas un blasphème parce que je n’y crois pas”. Et ce Dieu, c’est le Dieu de tout le monde, des chrétien·ne·s comme des musulman·e·s ou des autres religions.

Photo: Dorotheģe Theģbert-Filliger

Dire tout haut ce qui se pense tout bas

Cependant, Joël Maillard reconnaît qu’il est parfois délicat de parler de certains sujets. S’il y en a qu’il évite car sa pensée n’est pas assez arrêtée, il estime qu’il faudrait continuer à tout dire, tout en admettant qu’il y a des thèmes délicats: “une même phrase dite par une personne d’un certain âge, d’un certain genre, ça fait des effets très différents selon à qui elle est adressée”. Il exemplifie cette situation à travers une scène imagée de son stand-up, dans laquelle il s’adresse à un homme du public en rêvant qu’ils aient un coup de foudre amical et qu’ils iraient se poser dans un bar, boire, discuter et refaire le monde. “Dire ça à une femme, je pourrais mais j’ose pas”, admet-il tristement. Car en plus de sa position dominante d’artiste (qui coche toutes les cases de l’homme blanc cis hétéro) avec le micro et totalement libre d’expression, il y a forcément un arrière-plan culturel qui fait qu’on le soupçonnerait “de malveillance”. Mais ce qui ne se dit pas il le prononce tout haut, alors à la fin, il ajoute: “qu’est-ce que ça aurait fait si j’avais dit ça à une femme?”

Où le retrouver ?

En ce moment même au Théâtre St-Gervais à Genève

Joël Maillard reprend également cet automne le spectacle Quitter la Terre, à voir au Casino-Théâtre de Rolle les 14 et 15 octobre, et au Théâtre Benno Besson à Yverdon le 9 décembre. On peut également découvrir un week-end de carte blanche autour de son travail, au Pommier, à Neuchâtel, du 10 au 13 novembre.

Résilience mon cul

Dates à venir:

Puis en 2023:

  • Bibliothèque de Vevey
  • Nuithonie, Fribourg
  • Théâtre ABC, La Chaux-de-Fonds
  • Usine à Gaz, Nyon
  • Théâtre du Jura, Delémont

Toutes les dates sur snaut.ch

Photo de haut de page: David Gagnebin-de Bons

UNE-PIECE-ESPAGNOLE-©-A.-Shneider-

Des Poupées Russes Théâtrales

“Les acteurs sont des lâches”. Le ton d’Une Pièce Espagnole est donné dès le début de la représentation. Contemporaine et caustique, cette œuvre théâtrale mise en scène par Claude Vuillemin est à voir jusqu’au 9 octobre aux Amis MusiquEThéâtre.

Texte de Frida

Écrite en 2004 par l’autrice et dramaturge française Yasmina Reza, cette pièce réalise une mise en abîme théâtrale. Les comédien·ne·s jouent des acteur·ice·s qui répètent une pièce espagnole. Celle-ci se centre sur la présentation du nouvel amoureux de la mère à ses filles et son gendre. Pour ajouter davantage de complexité, les deux filles sont également des actrices et l’une d’entre elles répète une pièce bulgare, dont le public verra quelques passages. Ces différents niveaux de jeux créent une légère confusion au commencement et il faut plusieurs minutes avant d’être véritablement happé par la représentation. Cette œuvre demande donc une attention soutenue de la part des spectateur·ice·s. Pourtant, ce procédé du théâtre dans le théâtre apporte beaucoup d’originalité ici. Il permet aux acteur·ice·s de revêtir plusieurs peaux.

Cette technique crée également un lien particulier avec le public qui reçoit les confessions des comédien·ne·s sur le rôle qu’ils jouent, qu’ils critiquent et analysent. Ils partagent aussi leurs pensées sur le théâtre et la vie, ces deux éléments qui s’entremêlent tout au long du spectacle. D’ailleurs, dans l’une de ses adresses à l’auditoire, Margarita Sanchez (Pilar, la mère), explicitera cela en déclarant:

 “dans la vie aussi on ne sait pas toujours comment il faut vivre,

 où il faut se mettre,

 s’il faut regarder bien en face,

 ou se tenir de façon provisoire et incertaine”.

A.-Schneider

Photo: A.-Schneider

Chaque protagoniste présente celui qu’il ou elle incarne dans la pièce espagnole. Et ces introductions ne manquent pas de mordant. Mauro Bellucci (Mariano, le gendre), décrit son personnage comme “mou et sans morale”. Tout au long de la pièce, il portera un regard lucide et satyrique sur lui-même. Finalement, il s’agit peut-être du membre de la famille le plus sincère, celui qui joue le moins un rôle. Chez les autres, le masque se fissure petit à petit. Ainsi, sa femme Aurélia, qui semble forte et déterminée, qui persiste à répéter une pièce bulgare plutôt médiocre, se révèle pétrie d’angoisses.

Cette création aborde le thème des tensions familiales notamment avec la relation entre la mère et ses filles, Nuria et Aurélia. La famille n’est pas représentée comme une unité stable mais comme un espace de confrontation. Chacun·e s’affronte mais personne ne sort vainqueur. Tandis que Pilar et Fernan partent s’enivrer de romance, Nuria retourne à sa vie de célébrité et Aurélia et Mariano continuent leur existence dont ils ne perçoivent plus le sens. Les échanges amers mais honnêtes ne permettent pas de construire une situation familiale agréable.

Toutefois, l’humour de cette œuvre s’avère particulièrement savoureux. Les moments qui pourraient devenir sérieux sont traités avec ironie. La scène de séduction entre Pilar et Fernan provoque les rires. Le public s’attend à des mots enflammés et se retrouve face à un businessman qui disserte sur l’immobilier devant une femme qui ne fait que l’écouter. Même la crise d’angoisse d’Aurélia suscite beaucoup d’amusement. Dans cette pièce, on s’esclaffe face aux drames et on rit devant les failles des personnages. Et si à première vue cette création semble exigeante, elle est portée par d’excellents comédiens qui valent le détour.

Une Pièce Espagnole
Du 20 septembre au 9 octobre 2022
Les Amis MusiquEThéâtre, Carouge
lesamismusiquetheatre.ch/une_piece_espagnole/

Sine Nomine

Festival Sine Nomine

À Lausanne, la ville qui l’a vu naitre il y a quarante ans, et même bien au-delà, on ne présente plus le Quatuor Sine Nomine, ensemble qui, pour mieux servir la diversité des œuvres, des compositeurs et des époques qu’il interprète, a choisi de se présenter… sans nom. Du 30 septembre au 2 octobre prochain, il convie des artistes romand·e·s au rayonnement international à le rejoindre à l’Église de la Chiesaz à l’occasion de la 11e édition de son festival.

Vous les avez entendus cette année mais ne vous rappelez plus à quelle occasion? Mais si: dans une une création mondiale avec le clarinettiste Pascal Moragues à l’Octogone de Pully en mars… interprétant Les sept dernières paroles du Christ de Haydn à Romainmôtiers en avril… ou alors en juin, au Château de Lucens dans des oeuvres du 19e siècle avec Dan Poenaru au piano? Et pour les Genevois·es, ce fut peut-être au Festival Puplinge Classique, aux côtés de l’Orchestre des Jeunes de la Suisse Romande dont ils ont la direction artistique.

Reste encore une part belle à venir pour cette riche 2022, cela dit! En effet, pour la 11e édition de son festival, le quatuor a élu domicile à Saint-Légier. La semaine prochaine sera donc une bonne occasion de témoigner de leur talent, tant de musiciens que de programmateurs:

C’est autour des oeuvres de Brahms et de Fauré que les quatre membres du quatuor ont imaginé leur fête. Les concerts ont été pensés en miroir, afin de laisser percevoir les similitudes des compositeurs, leur “même sens de l’épure”, tel que le note le quatuor, aussi bien que le contraste entre la puissante flamboyance du premier et la délicatesse claire-obscure du second.

La réalisation de ces expériences sensorielles de chambre, dont l’axe central du quatuor à cordes est élargi à d’autres formations, est ainsi confiée à des artistes réputé·e·s: Hiroko Sakagami et Philippe Dinkel pour les oeuvres avec piano, et Thomas Demenga, Nicolas Pache et Marc-Antoine Bonanomi dont les cordes viendront se joindre à celles du Quatuor Sine Nomine. Citons aussi la mezzo-soprano Marie-Claude Chappuis qui, le dimanche 2 octobre, donnera sa voix à un arrangment des Vier ernste Gesänge de Brahms, puis le cycle de neuf mélodies sur des poèmes de Paul Verlaine de Fauré!

Pour voir le programme dans son entier: https://festivalsinenomine.ch/

Tourne-Films Festival

Tourne-Films Festival: le petit qui devient grand

Créé par des jeunes lausannois∙es d’origine et d’adoption, le Tourne-Films Festival Lausanne revient pour une 4e année. Après la comédie musicale, le band movie et Ennio Morricone, c’est le biopic qui sera au centre de cette édition. Entre concerts et projections, tout en passant par un programme de médiation et une compétition officielle, le TFFL se prépare à monter d’un cran et prendre un nouveau statut.

Texte de Simon Coderey

Depuis maintenant quatre ans, le cinéma et la musique possèdent une nouvelle maison pour cohabiter. Après une première année à Malley, c’est à la villa de Mon Repos que le festival a pris ses quartiers. Toujours début septembre, le TFFL vient clôturer en beauté une saison estivale soutenue dans la capitale vaudoise. Après une édition réussie en 2021, et ceci malgré les restrictions sanitaires, le TFFL revient grandi et mature. Il a repensé le terrain et a doublé son espace en prenant l’entièreté du pourtour de la villa de Mon Repos. La musique et le cinéma, bien que frères et sœurs au TFFL, font maintenant chambre à part. Du côté des gradins naturels, la musique viendra commencer les festivités tous les soirs. Joueront des musicien∙ne∙s de la région, avec notamment les Lausannois Crux Sledge ou la productrice, compositrice et interprète d’électronica La Colère. La française Wendy Martinez, avec sa pop rétro, fera écho à Barbara, dont le biopic de Mathieu Amalric sera projeté en seconde partie de la soirée du vendredi. Puis du côté de la villa, l’équipe du festival a décidé de collaborer avec RoadMovie, un cinéma itinérant qui fait vivre le 7e art depuis des années en Suisse romande.
Tourne-Films Festival

Photos: Audrey Manfredi

La programmation de films se focalise donc sur le biopic avec un twist. Les deux co-présidents expliquent que le TFFL propose des long-métrages “sortant des sentiers battus et jouant aux niveaux formel ou narratif avec les limites du genre du film biographique”. Cette rétrospective commencera le mercredi à la salle Paderewski du Casino de Montbenon avec le I’m not there de Todd Haynes qui retrace la vie d’un artiste, très semblable à Bob Dylan, interprété par six acteurs et une actrice. Ce sera ensuite à Mon Repos que la programmation se poursuivra avec le Barbara de et avec Mathieu Amalric mettant en scène une réalisation d’un biopic sur la chanteuse. Les limites entre raconter la vie d’un∙e artiste et la créer de toute pièce seront questionnées avec le film Eden racontant l’histoire d’un DJ fictif dans le contexte bien réel de la french touch. Puis deux grands noms de la musique seront également mis avec avant avec l’interprétation de Ray Charles par Jamie Foxx ou encore le The Doors d’Oliver Stone. Des films de patrimoine à voir ou à revoir.

En parallèle, une double compétition officielle vous fera découvrir des court-métrages musicaux et internationaux ainsi qu’une sélection de clips 100% suisses montrant la volonté du TFFL de promouvoir cette forme créative si connue et pourtant oubliée des événements cinématographiques. Le jeudi et le vendredi vous pourrez ainsi découvrir ces œuvres sur grand écran et voter pour votre coup de cœur via le prix du public. 

Le Tourne-Films Festival ce sont aussi des ateliers pour les plus jeunes et des conférences le samedi et le dimanche. Pour les plus grand∙e∙s, les soirées du jeudi, vendredi et samedi se poursuivront à la Cave du Bleu Lézard pour des afters qui vous feront danser jusqu’au bout de la nuit.

Tourne-Films Festival

Photos: Audrey Manfredi

Au-delà de la soirée d’ouverture payante, le TFFL est gratuit et ouvert à tous∙tes. Que vous soyez mélomanes, cinéphiles ou avides de découvertes, n’hésitez pas, le Tourne-Films Festival est là pour vous. Un petit avant-goût? Le TFFL organise ce vendredi 26 août, en collaboration du bar éphémère La Bourgette à Vidy, une soirée avec DJ et la projection de Love and Mercy, un biopic sur Brian Wilson des Beach Boys et réalisé par Bill Pohlad.

Le Tourne-Films Festival recherchent encore des bénévoles pour la réussite de son édition.

Pour plus d’informations et programmation complète: www.tffl.ch

Tourne-Films Festival
Du 7 au 11 septembre 2022
Cinémathèque, Parc de Mon Repos et Cave du Bleu Lézard, Lausanne