Rage Room

Jouer avec les limites de l’art

N’avez-vous jamais rêvé de plonger dans une œuvre? Au Musée d’art de Pully, l’exposition Vivre l’œuvre. Voyage aux frontières de l’art immersif contemporain brouille les frontières habituelles entre art et spectateur·ice, et invite le public à jouer un rôle dans le dispositif créatif. Ou à jouer tout court!

Texte de Sophie Moretti

Depuis plusieurs années, le mot « immersion » prolifère sur les descriptions de spectacles, programmes de saisons et présentations d’expositions, comme si l’expérience culturelle se devait d’être augmentée. Cette nouvelle relation entre l’œuvre et son public se révèle féconde d’expérimentations artistiques explorées avec bonheur par une dizaine d’artistes contemporain·e·s au Musée d’art de Pully dans le cadre de l’exposition Vivre l’œuvre. Voyage aux frontières de l’art immersif contemporain, organisée à l’occasion des 75 ans de l’institution pulliérane.

Certain·e·s artistes invitent à la contemplation, comme Maya Rochat et son Poetry of the Earth: dans une ambiance relaxante, peintures et vidéos brossent un ressourçant hommage à la nature. Toute aussi planant, le projet du réalisateur Jan Kounen offre la possibilité d’un voyage sous psychotropes grâce à un masque de réalité virtuelle. Ne vous laissez pas intimider par les vingt minutes de film, on se laisse totalement happer par ce monde onirique. L’expérience ne conviendra néanmoins pas aux plus jeunes ou aux personnes sensibles.

Maya Rochat

Maya Rochat, “Poetry of The Earth”, 2024, installation. ©Musée d’art de Pully, 2024. Photo: Mathieu Bernard-Reymond

D’autres installations nécessitent de l’action, à commencer par la fameuse Rage room de Beni Bischof dans laquelle le public participe à la création chaotique de l’œuvre par la destruction du décor. The Siren vous met directement aux commandes avec une manette… de jeu vidéo. Imaginée par Mélanie Courtinat, cette séquence de jeu interactive interroge les mécanismes du tutoriel et renvoie le·la joueur·euse à sa propre responsabilité. Bluffant. Quant l’installation In the Woods de Camille Scherrer, ses ombres chinoises en forme de masques d’animaux font appel à notre part d’enfance.

Au-delà de son propos ou de sa forme, chaque œuvre de cette exposition porte la possibilité d’une expérience et d’une rencontre. Petit conseil: laissez à la porte vos préjugés. Certaines œuvres vous embarqueront plus que d’autres, mais le rôle du·de la visiteur·euse est aussi de se laisser surprendre et de plonger dans de nouveaux bassins d’interrogations ou de sensations. À découvrir jusqu’au 16 juin.

Vivre l’œuvre. Voyage aux frontières de l’art immersif contemporain
Musée d’art de Pully
Du 23 février au 16 juin 2024

museedartdepully.ch

Photo de haut de page: Beni Bischof, “Rage Room”, 2024, ©Musée d’art de Pully, 2024. Photo: Mathieu Bernard-Reymond