Cinéma

Black Movie, vingtième, action!

La 20e édition du Black Movie Festival s’est ouverte ce jeudi 16 janvier à L’Alhambra de Genève, avec la projection du film Talking about trees de Suhaib Gasmelbari. En présence d’un large public constitué notamment de conseiller∙ère∙s communaux∙ales et de responsables culturelles de la ville de Genève, cette première séance a été accompagnée par un discours inaugural très engagé. 

Photo: Miguel Bueno

En effet, les organisateur∙trice∙s du festival ont signifié leur soutien à l’occupation du centre culturel du Grütli par le collectif Lutte pour les mineurs non-accompagnés et ont dénoncé le silence du Conseil d’État sur le sujet. Un message de S.O.S. Méditerranée a aussi été diffusé avant le film. Mais le discours d’ouverture a surtout permis aux organisateur∙trice∙s d’évoquer leur enthousiasme quant à la popularité toujours plus grandissante des festivals à Genève. Enfin, la prise de parole s’est close sur une déclaration d’amour pour le cinéma de tous horizons et sous toutes ses formes. Un message qui fait écho au choix du film d’ouverture, Talking about trees, un documentaire suivant quatre amis réalisateurs cherchant à faire revivre une salle de cinéma au Soudan. Une quête qui va s’avérer kafkaïenne face aux obstacles que le gouvernement islamique leur oppose.

Talking about trees, de Suhaib Gasmelbari, Soudan, 2019

Avec comme toile de fond le Soudan et sa gouvernance militaire et théocratique, Suhaib Gasmelbari met en scène la passion et l’amour inconditionnel pour le cinéma de quatre réalisateurs vétérans pétris d’humour et d’ironie, animés d’une détermination dont on rêve presque qu’elle arrive à faire plier la Charia toute puissante qui contraint le pays. On est emporté par l’amitié et la légèreté de ces artistes devenus activistes en voulant simplement exercer leur art, on les écoute philosopher et plaisanter avec délices, on espère avec eux. Et c’est finalement ça le plus grand message d’espoir de ce documentaire, peu importe l’issue de leur combat, leur amour et leur foi continue de vivre avec eux, et ils persévéreront encore. Un soir, constatent-ils tous ensemble, “ils sont plus forts que nous, mais nous sommes plus intelligents”. Cette phrase sonne comme la promesse d’une victoire à venir. Et lorsqu’on visionne les dernières images, on ne peut que se réconforter de savoir que 30 ans après sa prise de pouvoir, Omar el-Bechir a été destitué en 2019.

Texte: Victor Comte

Black Movie
Du 17 au 26 janvier à Genève
www.blackmovie.ch/2020

Une séance de cinéma à l’ancienne

Le 13 octobre dernier, le célèbre Forum du Rolex Learning Center s’est transformé en un cinéma des années 20’ du siècle passé. Non seulement le public a pu savourer un des chefs-d’œuvre du 7ème art, Le Cuirassé “Potemkine” de Sergueï Eisenstein, mais la séance a été accompagnée en direct par l’Orchestre d’harmonie de l’Etat de Genève.

Ce ciné-concert fut un véritable hommage aux cinémas du XX­ème siècle où les orchestres entraient en synergie avec le grand écran en remplaçant à la fois les dialogues et les bruitages des films muets. Et Le Cuirassé “Potemkine”, loué par les critiques internationaux lors de l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958, en est sans doute un des plus connus. Créé en 1925 pour commémorer le vingtième anniversaire de la Révolution russe de 1905, l’œuvre d’Eisenstein présente au public un récit dramatisé de la mutinerie sur le navire de guerre “Potemkine” où, soutenu par la population du port, l’équipage du vaisseau se révolte contre les officiers et les fonctionnaires d’état. Leur insurrection est suivie par des représailles sanguinaires.

La musique du film représentait un défi supplémentaire pour les organisateurs de cette soirée exceptionnelle. Ecrite par le compositeur autrichien Edmund Meisel, elle n’a jamais été retranscrite pour un orchestre d’harmonie. Jean-Christophe Monnier, chef de l’Orchestre d’harmonie de l’Etat de Genève, a donc réadapté quelque quatre cent pages de partition qui ont ensuite été apprises à la seconde près par l’ensemble des musiciens pour reconstituer plus de quatre-vingts minutes de musique ininterrompue, un effort véritablement herculéen.

Heureusement que tous leurs efforts n’ont pas été en vain. Le ciné-concert fut une expérience incroyable et unique. Même si certaines erreurs dans la synchronisation entre l’image et le jeu de l’orchestre se sont quand même subrepticement glissées, cela ne faisait que contribuer à l’authenticité et à l’honnêteté de ce tableau majestueux.

Texte : Danila Kashkin

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