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“J’aime tout” Dixit Maurice Béjart

Depuis mardi, le Béjart Ballet danse “Dixit”, un spectacle danse-théâtre-cinéma en hommage à Maurice Béjart, créé en 2017 et remonté cette année pour six dates au Théâtre de Beaulieu, avant les grandes rénovations qui demanderont à la troupe de temporairement changer de “maison”.

Texte: Katia Meylan

©Ilia Chkolnik

“D’où vient l’inspiration?” c’est cette question qui a été la matière première du spectacle imaginé et mis en scène par Marc Hollogne. Ce dernier, inventeur du cinéma-théâtre, fut en 1989 l’assistant de Maurice Béjart et l’avait suivi caméra au poing durant une année. À travers ces images, à travers des interviews, des mises en scène de l’enfance de Béjart tournées pour l’occasion, et enfin à travers les chorégraphies du maître et de son successeur Gil Roman, on retrace la vie du chorégraphe, de la culture qui l’a entouré si naturellement dans son enfance, sa capacité hors-norme de créer, à l’envie qu’à sa troupe de perpétuer son œuvre.

©Gregory Batardon

Le cinéma est un double moyen d’entrer dans la danse: d’abord en donnant une forme 2D à l’amour de Béjart pour le théâtre. Théâtre avec un grand “T” qui a “forgé la théâtralité de ses visions chorégraphiques”, analyse Marc Hollogne. On voit donc ce dernier, poudré et perruqué en comédien du 17e siècle, essayer de défendre la noblesse du texte alors que son interlocuteur voit déjà dans la danse la puissance des mythes. Les chorégraphies prennent alors le dessus; les archives et les vidéos des danseurs filmés, projetées sur huit écrans apparaissant de cour, de jardin ou des cintres, entrent en dialogue – mots et mouvement – avec les danseurs de chair, d’os et de plumes.

Aux côtés de l’inspiration se tient la transmission: dans “Dixit” se mêlent les chorégraphies de Béjart et celles de Gil Roman, directeur artistique de la compagnie depuis douze ans déjà. Et ce dernier prend la main de Mattia Galiotto, danseur de la compagnie qui interprète le jeune Béjart, en dialogue avec lui-même.

De ce ballet de deux heures que je voyais pour la seconde fois, je redécouvre certains tableaux presque totalement effacés de mon esprit, ou j’attends avec impatience que se rematérialisent devant mes yeux les souvenirs vifs de certaines images.

©Gregory Batardon

Même depuis le fond de la salle, je vois celle qui, depuis, a dansé le rôle-titre de “Tous les hommes presque toujours s’imaginent”, création de Gil Roman présentée pour la première fois en avril dernier qui se voit d’ailleurs insérée à “Dixit”. Jasmine Cammarota est l’une des danseuses de la troupe dont il est difficile de détacher les yeux tant la présence sur scène est forte. Ici elle prend à l’écran le rôle de Juliette, et réalise notamment le pas de deux de “Dibouk” (Béjart), ballet inspiré des danses traditionnelles juives.

Parmi les autres images fortes, la scène de “Syncope” (Gil Roman) qui précède le “Boléro” final: elle réunit les danseurs et danseuses de toute la troupe dans une course effrénée, et suscite une émotion viscérale même à qui la pour la troisième fois. Sans oublier le tableau magistral où, sous l’œil du petit Maurice qui tourne les boutons de la radio, sept ballets aux inspirations diverses s’alternent, campés sur un spectre audio. Piaf, la musique grecque, Mahler, Mozart, Bartok, la musique indienne ou Queen: “J’aime tout!” dixit Maurice.

Avec une telle curiosité, une capacité de s’imprégner et de transmettre si puissantes, on comprend pourquoi il touche au plus profond d’eux-mêmes tous ces gens qui étaient dans le public ce soir-là!

Dernière représentation ce soir, dimanche 16 juin à 18h. Aux dernières nouvelles il restait moins d’une dizaine de billets!

www.bejart.ch

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Aller voir Béjart et ressortir avec des souvenirs dans le cœur

Il est de ces moments qui ramènent tous nos sens au Noël de l’enfance – le Noël qui était un voyage en soi – lorsqu’on prend le temps pour eux au milieu de cette course effrénée pour finir l’année à temps. Bricoler ensemble un cadeau pour les grands-parents, boire un thé au marché, chanter à l’église ou aller voir “Casse-Noisette”. C’est ce qui nous est arrivé hier soir à Beaulieu, devant le “Casse-Noisette” de Béjart. Sa version diffère entièrement de l’originale, mais on y retrouve la musique de Tchaïkovski, un pas de deux, les souvenirs d’enfance. Celles et ceux qui allaient déjà voir la compagnie il y a vingt ans ont pu retracer des gestes dans leur mémoire, puisque la création avait été dansée pour la première fois en 1998.

Texte: Katia Meylan

Casse-Noisette ©BBL – Gregory Batardon

En 1998, Maurice Béjart rend hommage à Marius Petipa plus de cent ans après la création de la pièce “Casse-Noisette” sur l’œuvre de Tchaïkovski. L’histoire raconte les souvenirs d’enfance du chorégraphe, les souvenirs de sa mère, qui avait quitté le monde alors que le petit Maurice avait 7 ans. La chorégraphie d’origine est mise de côté au profit d’une nouvelle interprétation contemporaine. Marius Petipa est toutefois présent tout au long de la trame narrative; il apparaît dans de nombreux tableaux, associé au personnage de Méphisto de Faust – puisque le rêve sait souvent confondre tout naturellement deux personnages. Il est un brin impressionnant mais aussi dessiné avec humour. “Marius, montre-nous ce qu’est une cinquième position…” . Le maître est également présent à travers son célèbre pas de deux du deuxième acte: en effet, le pas de deux est annoncé au micro par Petita/Méphisto dans sa version originale, Béjart n’ayant pas souhaité le modifier.

Le travail, l’humour et la bienveillance enrobent la pièce de leur regard.
En offrant tant de beauté, on prend à certains moments le temps de nous rappeler que “si tu veux danser, il faudra travailler. Travailler. Travailler. Travailler” .

Casse-Noisette ©BBL – Philippe Pache

L’humour nous arrive par petites touches: un écran nous permet notamment de rencontrer la grand-maman de Maurice Béjart qui, interviewée, trouve tout naturel et “très bien” que son petit-fils parcourt les scènes du monde. “Il a toujours aimé ça Maurice, se déguiser et faire du théâtre” . Amusants dans un autre registre, les personnages des Anges, en costumes jaune et rouge à paillettes, apportent une touche effrontée dans des mouvements extravagants, qui semblent presque spontanés dans leur amplitude.
À la richesse des chorégraphies sorties de l’imagination de Béjart se mêlent tantôt la grâce classique, tantôt le burlesque, la sensualité parisienne (dans une magnifique scène où l’on retrouve du vocabulaire de valse et de tango), et le caractère unique de l’accordéon de Lisa Biard, qui rêve “Sous les ponts de Paris” aussi bien qu’il épouse Tchaïkovski.

Casse-Noisette ©BBL – Gregory Batardon

Et enfin la bienveillance couve dans la présence de la mère; il y a cette grande statue, le “Casse-Noisette”, “la madeleine” de Béjart, sous laquelle se dansent toutes les scènes. Il y a les gestes de la danseuse Elisabet Ros – qui reprend son rôle de 1998 – de la mère réapparue pour lui faire un cadeau et l’accompagner dans ses souvenirs, ceux du cirque, des Scouts, et bien sûr de Noël…

Casse-Noisette
Théâtre de Beaulieu
Jusqu’au 23 décembre

www.bejart.ch

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Je suis allée voir…

“Cendrillon”, de la Compagnie des Ballets de Monte Carlo à l’Opéra de Lausanne.

Photo: Alice Blangero

Texte: Maureen Miles

Je n’étais pas retournée à l’Opéra de Lausanne depuis bien longtemps… Toutefois dans mon esprit ce lieu incarne un espace un peu magique où les arts de la danse, de la musique et du théâtre s’exposent avec majesté. Aussi, l’occasion de voir un ballet – “Cendrillon” qui plus est! – était, pour l’amatrice de danse classique que je suis, une occasion à ne pas manquer.

L’histoire de “Cendrillon”, presque tout le monde la connaît. Un spectacle de ce type suscite donc inévitablement de nombreuses attentes: on sait par avance ce qui va se passer, ce qui n’a en fait rien de dérangeant, au contraire. Qu’un élément varie et l’enfant en nous se contracte. “Normalement, ce n’est pas comme ça…”. Pourtant bien vite, on se laisse entraîner et enchanter par les variations et l’originalité de l’univers proposé.Car la version de Cendrillon incarnée par La Compagnie des Ballets de Monte-Carlo et chorégraphiée par Jean-Christophe Maillot n’a simplement rien de classique.

Photo: Alice Blangero

La sobriété des décors – de grandes pages blanches évoquant celles d’un livre de contes s’écrivant sous nos yeux – a l’avantage de ne pas monopoliser une attention qui se détournerait alors du jeu des personnages. Et oui, je parle bien du “jeu” des personnages. Bien sûr il y a la danse, et celle-ci est menée avec maîtrise, grâce et légèreté. Mais ce qui captive bien vite, au-delà des prouesses de souplesse et de technique, ce sont les expressions, les regards et les gestes théâtraux des danseurs. Le “Cendrillon” de Jean-Christophe Maillot se situe véritablement au carrefour du théâtre et du ballet.

L’atmosphère dans laquelle évoluent les personnages – le trio habituel Cendrillon – marâtre – méchantes sœurs, mais aussi ceux très présents du père, de la bonne fée et de deux serviteurs polichinelles – est également un mélange des genres, entre conte de fée et satyre contemporaine. Le monde simple et pur de l’enfance, où les sentiments s’expriment avec sincérité et innocence, et celui coloré mais aussi artificiel d’un monde adulte où l’on triche avec les émotions et où la quête du plaisir et du divertissement prévalent. Ces deux univers se côtoient et les personnages qui les incarnent en portent physiquement les marques: une robe sobre et de longs cheveux détachés pour Cendrillon, belle dans sa simplicité, et des vêtements sophistiqués voire une nudité dévoilée pour la marâtre, les sœurs et les polichinelles, souvent effrayants d’excentricité.

Parfois comiques et même burlesques, certaines scènes offusquent (la cruauté de la marâtre et des sœurs) et dérangent (la lâcheté du père) également par moment. De nombreux éléments toutefois nous plongent dans l’univers du conte de fées et viennent chercher l’enfant qui est en chacun de nous: notamment la poudre d’or, dont est littéralement couverte la fée marraine et qui remplace la pantoufle de vair sur les pieds nus de Cendrillon. Un hommage sans doute aux pieds des danseurs sans lesquels la magie n’opérerait jamais.

www.opera-lausanne.ch

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Le Béjart Ballet réaffirme sa mission

À l’occasion des dix ans de la disparition de Maurice Béjart, la nouvelle création de la compagnie – présentée du 19 au 24 décembre au Théâtre de Beaulieu Lausanne – rend hommage au chorégraphe.

Texte: Cécile Python

Un danseur à l’écran développe la jambe sur le côté et c’est un vrai chausson qui surgit de la toile: avec un dispositif de projection très réussi, le metteur en scène Marc Hollogne mêle dans cette pièce images d’archives et de fiction, texte, musique, et bien sûr les danseurs et danseuses du Béjart Ballet. Une synthèse artistique que n’aurait pas renié le fondateur de la compagnie lausannoise. Pour tenter de remonter aux sources de l’inspiration chorégraphique, le spectacle convoque la parole de Béjart à laquelle répondent les interprètes sur scène, cite des extraits de ses ballets emblématiques, fait revivre des personnalités telles Molière et la professeure du jeune danseur ou encore évoque des œuvres littéraires et musicales. On y retrouve les thèmes chers au chorégraphe, comme les différentes cultures et spiritualités.

Dixit est un ballet sur Maurice Béjart. On nous raconte son enfance, ses débuts, ses grands succès. On plonge dans son imagination, on l’accompagne en studio, on le suit sur scène. Avec une narration proche du cinéma qui prend la liberté de sauter d’une séquence à l’autre comme suivant le fil d’une pensée, le spectacle a aussi quelque chose d’onirique – comme lorsque les ballets se fondent les uns dans les autres, permettant par exemple à l’Oiseau de Feu de rencontrer l’Élue du Sacre du Printemps. Le rythme est rapide et la profusion d’images virtuelles ou réelles font qu’on se perd parfois, mais qu’on ne s’ennuie pas.

Dixit ©BBL – Lauren Pasche Haskiya

Dixit est aussi un ballet sur la création artistique: en mettant en scène le chorégraphe (interprété par Mattia Galiotto) en répétition avec ses danseurs, la pièce use à plusieurs reprises de la technique de la mise en abyme afin de faire voir le processus de création d’un ballet. C’était d’ailleurs un moyen déjà utilisé par Béjart lui-même qui aimait mettre en scène le travail de répétition en studio. Dans Dixit, on voit par exemple un extrait du Sacre du Printemps, interrompu par le jeune chorégraphe qui demande: “Combien de temps avant que le public entre dans la salle? Ok, on fait le final”. Et les danseurs se replacent pour nous offrir le final du Sacre. Ces moments où les personnages sortent de leur rôle pour créer un autre niveau d’illusion complexifie encore cette pièce qui jongle déjà entre passé et présent, texte parlé et danse, ballets de Maurice Béjart et de Gil Roman, images virtuelles et danseurs réels.

Le spectacle est bien sûr l’occasion d’évoquer les grandes œuvres toujours dansées par la compagnie: Le Boléro, Le Sacre du Printemps, L’Oiseau de Feu, Héliogabale. Les extraits sont repris tels quels mais parfois détournés, comme lorsque l’ensemble des danseurs reprend les pas du Boléro, à l’origine pensé pour un ou une soliste. Finalement, le BBL affirme son rôle de porteur de la mémoire d’une œuvre et sa filiation avec un chorégraphe célébré par ses danseurs, parfois à l’extrême. En somme, Dixit donne la parole au chorégraphe et, dans cet hommage, la compagnie semble s’effacer un peu derrière son créateur et au profit de la mise en scène. Gil Roman est présent à travers certaines de ses chorégraphies mais se montre surtout au service de Béjart. Une soirée en forme d’éloge au chorégraphe, donc. Pourtant, il semble que Dixit n’est pas seulement un ballet sur la richesse de ses sources d’inspiration, mais aussi sur l’amour que Béjart portait à la danse. Inspirée, sa compagnie continue à faire vivre les ballets qui nous font rêver.

www.bejart.ch

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