Antigel

Plus pop et hétéroclite que jamais, Antigel souffle ses 10 bougies en grande pompe

Depuis 2011 déjà, le festival international de musique et danse genevois Antigel offre durant trois semaines un programme culturel fun et actuel. En tête d’affiche cette année, le spectacle Inoah d’une figure majeure de la danse contemporaine, le brésilien Bruno Beltrão à voir au Bâtiment des Forces Motrices le 13 février prochain. Avant cela, L’Agenda est allé découvrir la performance intrigante de Simon Mayer.

Texte: Marion Besençon

Questionnant ce qui nous rassemble, l’artiste protéiforme Simon Mayer convie son public à l’expérience d’une fusion des formes du folklore et de la danse contemporaine. Pour son solo, c’est nu qu’il s’est présenté sur la scène du Point Favre, dans ce “costume traditionnel de tous” comme il nous l’a expliqué à l’issue de sa représentation. C’est un pont entre le primitif et le moderne que tisse progressivement le danseur, dans le mouvement et par le chant, avec le son des différents objets aussi. Dans son spectacle SunBengSitting (Sunbeng, ce fameux banc en bois devant les maisons surlequel on s’assied pour prendre le soleil), celui qui est d’ailleurs originaire du monde rural autrichien livre une performance ludique et organique, une ronde qui convoque les éléments du monde par la danse folk et le yodel, entre patrie et ouverture au monde.

Il ne s’agit pourtant plus d’être en transe autour du feu, c’est le micro suspendu qui paraît aujourd’hui symboliser l’action féconde des cycles de mort et renaissance; et peut-être même incarner le prolongement de la lumière, c’est-à-dire l’illumination.

Le musicien sollicite donc la mémoire de la communauté humaine ainsi que l’imaginaire de nos sociétés contemporaines en se jouant de la bienséance et de la vraisemblance, exploitant sur scène des artefacts aussi classiques que subversifs: un violon, un fouet ou encore une trançonneuse. Jouant crescendo, la performance se clôt dans la jubilation du storytelling révélant, dans le même temps, la légende d’intrépide cueilleur d’edelweiss du personnage et sa fin logiquement tragique en bas d’une montagne. Subtile et drôle, une performance d’art vivant qui nous laisse penser que le festival genevois a sorti le grand jeu pour cette édition anniversaire…

Dans la catégorie de la danse urbaine et du hip hop, Bruno Beltrão présentera quant à lui dix jeunes hommes comme autant de figures de migrants. Réunis pour former d’éphémères duo ou trio de danse, ces déracinés manquent à dépasser ce qui les sépare pour bénéficier de l’aide et de la chaleur d’une communauté. Le spectacle Inoah agit en ce sens en électrochoc: par cette distance entre les corps qui dansent, sans cesse réétablie dans l’espace de la scène, c’est une difficulté de la migration qui se dévoile à nos sens. Portés par une chorégraphie virtuose, ces corps portent ainsi magnifiquement le message humaniste au public. Un moment époustouflant, ancré dans la réalité du monde présent, à vivre d’urgence à Antigel.

Festival Antigel
Festival international de musique et danse

Communes genevoises
Jusqu’au 15 février 2020  

Inoah
Jeudi 13 février à 20h30 au Bâtiment des Forces Motrices (BFM), Genève

Programmation complète sur www.antigel.ch

Nisennenmondai

Festival Antigel à Genève, le 8 février 2015

« We are Nisennenmondai. » [Nous sommes Nisennenmondai.] (Masako)

@ DR
@ DR

…Et tout est dit.

Car si d’aucuns cherchent à qualifier la musique de ce groupe, tantôt rapprochée du « post-punk », tantôt simplement définie comme étant « expérimentale », et que l’adjectif « supersonique » semble effectivement faire écho au genre, la tentative peut pourtant sembler peine perdue ; pourquoi chercher ailleurs, lorsque tout est dans le titre ?

Nisennenmondai ou le « Bug de l’an 2000 » est un groupe créé en 1999 et se compose d’un trio de talentueuses japonaises : Yuri Zaikawa à la basse, Sayaka Himeno à la batterie, Masako Takada à la guitare. Ce soir-là, c’est l’association cave12 qui a décidé de les héberger, dans leur antre située sous l’HEPIA de Genève.

A l’entrée, il a tout d’abord fallu se frayer un chemin entre les fumeurs, puis une fois à l’intérieur, l’idée de commander une boisson au bar a dû être abandonnée, faute d’attention. Mais heureusement, quelques minutes ont suffi à contrebalancer cette arrivée sur place en demi-teinte, à peine le temps que les artistes accordent leurs instruments avant d’épater l’audience !

Zai ouvre la marche à gauche, rapide et précise, droite et régulière. Durant tout le concert elle forcera le respect par sa rythmique, presque parfaitement soutenue. Derrière au centre, Hime met le feu, agitant tout son corps tandis qu’elle bat la chamade sans jamais capituler. Elle est si pleine de ferveur que ses cheveux, oscillant tel un métronome dopé, semblent prêt à tout moment à se prendre dans ses baguettes ! Enfin Masako, calme et concentrée, se fait à droite plus discrète sur scène, mais sûrement pas dans les morceaux ! Car, ne se contentant pas de jouer de sa guitare de manière conventionnelle, elle utilise tout un appareillage couplé à son instrument qui lui permet de faire appel à une gigantesque panoplie de sons.

Aussitôt le prélude achevé, l’ambiance est au rendez-vous et l’assemblée est prise de mouvements frénétiques. Au début sans y prendre garde, le plus gros du groupe se laisse simplement aller à ses sensations. Mais profitant d’un éclair d’inattention, ne pourrait-on se surprendre à observer et à raisonner sur cette masse dynamique ? Scrutant les ombres, une question saugrenue peut soudain apparaître : est-ce que dans cette cave se tiendrait en réalité un rassemblement de zombies qui, pris de convulsions, seraient si bien entraînés dans cette danse incontrôlable qu’ils en oublieraient de garder leur part d’humanité ? Sourire… Et reprise de plus belle, car ce sont les vibrations incroyables crées en cet endroit qui parcourent le corps et l’esprit du spectateur, reconnaissant le génie des artistes. Les ondes soufflent alors comme un vent de folie sur le visage et rafraîchissent, dans cette chaude atmosphère.

Riche et mémorable expérience.

Texte : Michael K.