OXEON

OXEON à l’aube

Au soleil levant, les sonorités colorées et intimes du duo OXEON résonneront à la Jetée de la Compagnie, à l’heure où roches et poissons sont encore endormis. Lea Gasser à l’accordéon et Sylvie Klijn, au chant, explorent avec leur instrument et une pédale d’effet un univers bien à elles. Rencontre avec ces deux passionnées de musique à l’énergie inspirante.

Texte et propos recueillis par Jeanne Möschler
Photo: ©Laurent Guignard

En route vers le jazz

Leur amitié et leur duo sont nés pendant leur Master en jazz à L’HEMU de Lausanne. C’est pourtant en musique classique que Lea et Sylvie ont commencé leur formation, mais elles ont toutes deux décidé de suivre une autre voie.

La Suissesse Lea Gasser découvre, enfant, l’accordéon, « un instrument fascinant par la manière dont il bouge avec tous ses boutons ». Cependant, ce n’est pas dans le classique qu’elle se sent le plus à son aise: « Après mon Bachelor à la Haute Ecole des Arts de Berne, j’ai même un peu perdu l’envie de jouer. Pendant quelques années, j’ai voyagé et commencé des études. J’ai ensuite voulu reprendre la musique à fond, mais plutôt en jazz. C’est plus facile d’y trouver son langage, tu peux faire un solo juste avec des silences et trois notes et ça peut être très touchant et très beau. » Sylvie étudie quant à elle le piano aux Pays-Bas et poursuit avec un Master à l’université d’Utrecht, en Arts and Society. Invitée par une professeure de chant à Lausanne, elle a l’occasion de réaliser un échange à l’HEMU, où elle peut suivre le Master en chant et composition jazz. Passionnée par le théâtre, elle a tout à coup un déclic et le chant se révèle comme une fusion entre ses deux univers, « dans la manière de se présenter au public pour lui raconter une histoire ».

Hybrides entre un univers classique qu’elles se réapproprient et un univers jazz qu’elles aiment explorer, les deux amies et musiciennes nomment leur duo OXEON, un terme qui fusion ‘voix’ et ‘accordéon’. Sous ce nom, elles sortent leur album Somewhere far en 2023, avec de nombreux concerts à la clé.

Une intime palette de couleurs

Comment décrire leur musique? C’est une question qu’elles posaient parfois à leur public lors de moments d’échanges afin de pouvoir définir un style ou plutôt, comme le précise Lea, une ambiance. « On cherche dans les détails des atmosphères pour créer un monde à nous, avec des morceaux qui montrent plein de couleurs différentes. On utilise aussi une pédale à effets, qui nous permet de chercher plein de sonorités différentes ». « La dimension colorée se situe aussi dans la manière dont on voit le projet » ajoute Sylvie. « Avant chaque concert, on se dessine notamment des triangles de couleur sur les bras, c’est un moment méditatif et symbolique. » Pour composer, elles font moitié-moitié. Toujours à l’écoute l’une de l’autre, elles se complètent et s’inspirent mutuellement en mêlant leurs univers: « parfois on prend un morceau classique qu’on arrange » explique Lea « ou on part d’une ligne ou d’un motif de base et après vient une histoire qu’on a envie de raconter ». Le thème de la nature notamment est central dans leur nouvel album, « la nature comme refuge dans des mondes loin d’ici », glisse Sylvie.

OXEON

Photo ©Gennaro Scotti

Les différentes langues dans lesquelles la musicienne hollandaise chante – néerlandais, anglais, allemand, français, portugais, espagnol, italien – permettent aussi au groupe d’explorer diverses ambiances. « Chaque langue a sa propre sonorité et musicalité… on utilise sa bouche de manière très différente. Aussi, je chante en italien même si je ne le parle pas, et il y a un réel travail pour apprendre à prononcer correctement. » Cette large palette d’univers se traduit bien dans leur album, riche en ambiances. « Parmi les morceaux d’OXEON, c’est difficile de choisir un hit. On varie entre des morceaux tristes et lourds et d’autres joyeux avec une toute autre énergie. O Cessate représente bien notre univers, mais Inside-Out est bien plus rythmique, ou il y a encore The Call, qui est très colorful… » hésite Lea. « En fait, il faut écouter tout l’album » concluent-elle en riant.

Pour la suite, elles ont pour projet de composer ensemble de A à Z, en intégrant leur pédale d’effet pendant le processus de création. Une utilisation qui leur permettrait de se diriger vers des sons plus underground. « On a tendance à vouloir toujours bien jouer et rester un peu trop douces, cela vient de notre éducation musicale classique, mais aussi de notre éducation de femmes. On va essayer d’être uglier et plus folles », avancent-elles.

Un grain de douceur et de folie qu’elles se réjouissent de partager avec leur public le 17 août aux aurores, au son des clapotis du Léman: « C’est une belle atmosphère de se réveiller tous ensemble, dans un début de journée doux en musique ».

OXEON
Samedi 17 août 2024 à 6h du matin
La Jetée de la Compagnie, Lausanne
leagasser.ch/oxeon
sylvieklijn.nl/oxeon

Des moments musicaux aux aurores et à prix libre à la Jetée de La Compagnie

Organisée par l’association Thelonica, la série de concerts 2024 s’ouvrira ce samedi 22 juin sur le jazz de l’artiste Anouar Kaddour Cherif, inspiré de ses racines musicales algériennes. La suite de la saison accueillera notamment Lakna, artiste métisse suisse-burkinabée à l’univers mêlant pop, néo-soul et R&B, la violoncelliste franco-américaine Sonia Wieder-Atherton dans un répertoire riche entre classique, contemporain et expérimental, ou encore le duo composé de Matthieu Michel et Patrice Moret, respectivement à la trompette et à la contrebasse. Les concerts ont lieu tous les samedis matin à 6h, du 22 juin au 24 août. En cas de pluie, ils sont reportés au dimanche.

Retrouvez tout le programme sur: thelonica.net

Shems Bendali et Théo Duboule à la Jetée de la Compagnie, 2018. Photo: Florine Mercier, pour L’Agenda