A m'assoir sur un banc2

À m’asseoir sur une chaise et m’attabler avec vous

et regarder le spectacle tant qu’il est là. L’association Midi théâtre propose une aventure culturelle et gourmande au sein de dix théâtres romands: déguster un bon plat et assister à la représentation d’une pièce, conçue spécialement pour le midi. C’est au Reflet, à Vevey, que j’ai eu la chance d’apprécier À m’asseoir sur un banc, ainsi que le repas qui l’accompagnait. Retour sur une expérience inhabituelle et conviviale.

Texte de Jeanne Möschler

Bientôt midi quinze. Les gens s’attablent à leur gré dans la salle, sourient, se saluent et le cliquetis des couverts se mêlent aux voix et bruits de conversation. On parle du temps qu’il fait dehors, de ce qu’on fait dans la vie, de si on est déjà venu ici. Les courgettes fondantes, la feta goutue et le riz vénéré – croquant juste comme il faut, viennent accompagner tendrement les paroles prononcées la bouche pleine. Après une brève annonce de la part de Brigitte Romanens-Deville, directrice du théâtre Le Reflet, le public est invité à tourner les chaises en direction de la scène et à profiter du spectacle. Aujourd’hui, c’est une pièce écrite par Yann Guerchanik et mise en scène par Primo d’abord qui sera jouée. Deux inconnus sur un banc, qui parlent de la pluie et du beau temps. Un sujet de conversation qui paraît au début très banal, mais qui montre, qu’au moins, il y a quelqu’un avec qui partager la pluie… car si l’autre n’est plus là, la pluie, on peut se la garder pour soi. Ils parlent des passants, puis d’eux, de leur métier, du comédien qui, une fois qu’il est descendu des planches, n’est plus rien, de sa fille et de sa mère, et de la mer. Les phrases sont bien tournées et la saveur de la langue se mêle à celle du repas que l’on a mangé juste avant. C’est à la fois très simple et très beau, cette conversation sur un banc entre deux inconnus qui deviennent étrangement familiers.

Photo: Carlo De Rosa

Les applaudissements sont chaleureux, les parois de bois contre les fenêtres sont ôtées, la lumière blanche d’un mercredi de décembre teinte à nouveau la salle. Une belle parenthèse entre le matin et l’après-midi. Le temps d’une heure, les comédiens ont réussi à nous emmener avec eux sur le banc du parc, et plus loin encore, dans leur rêverie, leurs pensées et leur dialogue échangé. Le public est content, cela se voit aux mines réjouies et aux bribes qui me parviennent du coin de l’oreille – ‘on en est tout ragaillardi’, ‘c’était si beau à voir’, ‘ils nous ont vraiment emmené ailleurs’. Les deux comédiens Yves Jenny et Vincent Rime viennent saluer leur famille et ami∙e∙s dans le public et manger également un morceau. À la table d’à côté Brigitte Romanens me parle du Midi théâtre et de l’intérêt de cette expérience pour le public et pour les artistes. D’un côté, c’est une manière originale de vivre un moment chaleureux, de découvrir de nouvelles pièces, de passer un midi plus palpitant qu’un simple sandwich sur un banc. Les spectateur∙ice∙s sont d’ailleurs nombreux∙ses à se rendre dans les différents théâtres où sont jouées les pièces. Ce sont ici des personnes âgées, trop fatiguées pour aller au théâtre le soir, là des collègues de bureau, ou encore là-bas des connaissances des artistes. Pour les comédien∙ne∙s, c’est une belle occasion pour se produire dans des institutions connues de Suisse romande, appréhender une autre manière de jouer et savoir s’adapter aux contraintes (taille de la scène, durée, bruits des couverts, public) qui varient selon les lieux. La directrice du Reflet raconte en riant qu’une fois, la pièce s’était à la fin déroulée sous la table, avec des cuillères de dessert que les artistes glissaient dans la bouche des spectateur∙ice∙s. Une grande liberté est donc laissée à la mise en scène: l’ordre entre la pièce et les plats, la disposition des tables, et la manière dont le public et les artistes peuvent interagir ou pas peuvent varier selon les spectacles. Ce concept de Midi théâtre a aussi permis à quelques compagnies de présenter le soir une pièce écrite pour le midi. C’est donc un moyen de se faire connaître et de développer des projets artistiques.  Brigitte conclut en disant que les retours sont globalement toujours très positifs, car ce moment inhabituel rassemble des gens contents d’être là et qui sentent qu’ils vivent un moment hors du temps.

Un conseil, donc: si vous mangez votre repas de midi sur un banc, parlez avec la personne qui s’assied à côté de vous, même si c’est juste du mauvais temps. Et s’il n’y a pas de banc, venez-vous asseoir sur une chaise de l’un des théâtres romands et profiter d’une heure culturelle, gourmande et conviviale!

 

Prochaine pièce:

Le Club du Homard
Cie Pied de Biche (associé au Théâtre de l’Ecrou)

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