Epidermique

Ressac fantastique

Happé par le courant des plans d’Épidermique, on ne peut s’échapper à temps et l’on se retrouve ferré à une séquence choc, avant d’être finalement relâché dans la vaste mer des questions sociétales de genre.

Texte et propos recueillis par Katia Meylan

2015, Hollywood. Océane Wannaz présente, à la finale du 48H Film Project, son court-métrage réalisé à Lausanne avec l’association universitaire FilmOns!. Dans l’avion qui la ramène à sa réalité d’étudiante, elle décide que cette famille internationale de passionné∙e∙s du cinéma serait la sienne.

Plusieurs belles expériences associatives plus tard et un certain métier acquis lors de mandats d’assistante ou de responsable figuration – sur des tournages d’Ursula Meier et Lionel Baier, notamment –, la jeune femme réfléchit à mener ses propres projets professionnels. Sa rencontre avec Éric Bouduban, co-fondateur d’Imajack, sera un déclencheur. Il devient non seulement un producteur, mais aussi un ami et un équipier aux valeurs communes auprès de qui la justification, superflue, laisse champ libre au challenge mutuel. En 2019, Éric repère un appel à projets pour l’écriture d’une web-série lancé par le Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) et la RTS. Il place sa confiance en Océane, qui s’attèle à poser sur papier ce qui sera, finalement, une base pour son premier projet en tant que réalisatrice: Épidermique. En effet, le script ne s’est pas sélectionné, mais un producteur de la RTS y voit un potentiel pour un court-métrage. Après de nombreux mois de réécriture, suivant les conseils reçus en chemin, Océane et Imajack convainquent Cinéforom, l’Office Fédéral de la Culture et la RTS de monter dans le bateau et de leur confier les fonds nécessaires à la production de ce film fantastique. “J’ai de la chance de créer maintenant, car je sens qu’il y a une envie d’encourager les jeunes femmes à se faire leur place dans le milieu artistique”, constate Océane.

Océane Wannaz

Océane Wannaz sur le tournage d’Épidermique.n
Haut de page: La comédienne Marion Reymond sur le tournage d’Épidermique.
Photos: Alexia Linn

En effet, si quelque chose est mâché dans Épidermique, c’est un peu de chair fraîche, mais surtout ni les mots ni les images qui dénoncent une société insinuant qu’une femme ne peut se réaliser sans en dévorer une autre. De formation académique, Océane Wannaz doit son inspiration en partie à son mémoire, consacré à la femme cannibale dans le cinéma contemporain. “Je pars de la théorie puis laisse la créativité déborder. Pour pouvoir écrire, je dois sentir une nécessité sociologique à ma démarche”. C’est donc en compulsant les analyses sur le sujet et en se rendant compte que le thème était presque toujours abordé sous l’angle homme/femme que lui vient son scénario. Puis, avec la complicité de Fanny Reynaud à l’image, elle forme le langage poétique du film, ses couleurs et ses reflets sensoriels, ses images qui s’approchent et s’éloignent comme un ressac nauséeux.

Après un passage aux Journées de Soleure et aux Internationale Kurzfilmtage Winterthur en fin d’année dernière, Épidermique sera projeté dans la sélection Swiss Shorts au NIFFF.

Plus d’informations sur: imajack.ch

Pour Océane, le NIFFF c’est…
– La genèse d’Épidermique.
– La découverte de Grave, de Julia Ducournau.
– Une énergie particulière, un espace d’inspiration et d’exploration pour la famille du cinéma.
nifff.ch