Des entités qui cherchent leur place dans le COSMOS

Les spectacles ont repris. Parmi ceux que j’avais noté dans mon agenda (au crayon, excusez le pessimisme qui heureusement n’a cette fois pas eu lieu d’être!), il y avait la création de la Compagnie Linga, intitulée COSMOS, jouée le week-end de la reprise à L’Octogone de Pully.

Texte: Katia Meylan

Pour cette nouvelle pièce, les chorégraphes Katarzyna Gdaniec et Marco Cantalupo explicitent, en clé de lecture, s’être inspirés notamment du concept du mandala pour imaginer un monde en quête d’une harmonie collective. Leurs pas s’interprètent dans la valorisation des différences individuelles, qui contribuent à la richesse de l’ensemble. Un idéal qu’instantanément je rapproche de celui de la compagnie ADN Dialect, voisine veveysane (que j’avais rencontrée quelques mois plus tôt pour le dossier de L’Agenda mars-avril). Toutefois, mon rapprochement est peut-être hâtif car si dans le ballet classique ou néo-classique là n’est pas la norme, et l’on voit souvent des interprètes réglés au millimètre près, de nombreuses compagnies contemporaines recherchent une forme d’expression de l’individualité.
Me glisser dans le public m’a fait découvrir l’univers de la Cie Linga, et a matérialisé en musique et en mouvement ces concepts libérateurs qui me parlent.

Photos: Gregory Batardon

Création originale non seulement par sa chorégraphie mais également par sa musique, COSMOS nous plonge d’abord dans le noir complet pour que vienne à nous les premières notes, composées pour l’occasion par L’Ombre de la Bête. Le duo que forment Mathias Delplanque et François Robin donne une couleur électronique aux instruments de ce dernier, la cornemuse et le violon. On a déjà perdu nos repères, le jour se lève lentement sur les musiciens qui créent une matière avec laquelle ils se connectent aux gestes lents des corps, qui finissent par apparaître eux aussi.

Les mouvements de chacun de ces corps se développent individuellement dans des reflets de lumière chaude; ils naissent au monde. Progressivement, une énergie couve alors que les entités semblent s’influencer. Peut-être n’est-ce encore que par mimétisme inconscient… jusqu’à arriver à la première séquence d’ensemble, explosive. Frissons. Neuf danseur∙euse∙s et deux musiciens. Cet ensemble n’est pas donné comme acquis, il prend son sens après nous avoir fait témoigner de l’évolution des individualités. Le son rugueux de la cornemuse ajoute à la frénésie du moment. Après ce moment de transe commune, les entités comment à interagir, à se toucher, à tester, à modifier les espaces individuels et les faire fusionner comme pour trouver une résonnance qui conviendrait à toutes.

Photo: Gregory Batardon

Les expressions des visages sont gommées par les interprètes et la pénombre; ce sont les mouvements, les distances, la place que prend chaque entité dans l’espace qui importent. Ont-elles trouvé un fonctionnement? Pas de fin pour COSMOS mais un délicat et inattendu recommencement.

COSMOS
Les premières ont eu lieu les 24 et 25 avril 2021.

Reprise les samedi 28 et dimanche 29 janvier 2022. La mise en vente est prévue le lundi 9 août 2021 dans le cadre de la nouvelle saison de l’Octogone.
www.linga.ch

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