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Quand Blanche-Neige taquine les conventions théâtrales

Coup d’envoi pour la compagnie Kick-Off. Leur première création Blanche-Neige… Ou presque!, jouée au CPO du jeudi 27 au dimanche 30 avril, tourne en dérision le théâtre dans ses ressorts scéniques, dans ses grandes aspirations à l’inédit, dans ses coulisses émotionnelles. Alors que l’auteure emmêle les ficelles de la narration et que la régie prend quelques libertés, Prof, Joyeuse, Simplet et Atchoum abattent le 4e mur à coups de pioches. Le tout en danse et en chanson.

Texte de Katia Meylan
Photos de Marius Mattioni

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Une auteure prometteuse

Le comédien Gilles Guenat, directeur artistique de la Cie Kick-Off, co-signe le scénario de sa toute première production avec l’auteure Roxane Gray. Après la comédie musicale Toutes pour Une en 2021 (boursière de la Société Suisse des Auteurs pour l’écriture de cette pièce), cette historienne spécialiste des questions de genre s’essaie avec succès au « Goes Wrong » musical avec Blanche-Neige… Ou presque!. Sous sa plume, l’humour de répétition côtoie des jeux de mots fins et jubilatoires, les personnages sont tantôt caricaturés, tantôt ciselés pour laisser apparaître ce qu’ils ont d’attachant. Les dialogues et les situations cocasses de ses scènes sentent le vécu, dans les tensions, dans la lassitude qui peuvent résulter des aventures théâtrales en amateur ou en professionnel. Et à la fois – à un autre niveau de ce théâtre dans le théâtre – la joie d’être sur scène entre ami∙e∙s rayonne tout au long du script et au sein de la troupe réelle.

Roxane - Marius

Roxane Gray. Photo: Marius Mattioni

Une troupe fictive de bras cassés 

Il n’en est pas de même pour les membres de cette troupe fictive, qui ont quant à eux chacun leurs raisons pour s’être réunis autour de Jacques (Frank Michaux), metteur en scène intense, névrosé par l’envie de bien faire et par les rouages du système. Aude (Giliane Béguin), l’interprète du rôle-titre, espère faire passer des messages engagés à travers cette relecture de Blanche-Neige, mais elle et Jacques ne voient pas le concept de « contemporain » sous le même prisme. Eva (Jenny Lorant) se focalise plus sur l’apparence que sur la crédibilité de sa Méchante Reine; en résulte une scène hilarante où elle fait la surprise de son nouveau costume à ses partenaires de jeu. Le chasseur (Gilles Guenat) et la stagiaire dans le rôle du miroir et du buisson (Zoé Klopfenstein), peut-être les seuls dont l’amour du théâtre n’a pas encore été entaché, mais dont le jeu laisse délibérément à désirer, sont irrésistibles dans leurs expressions et gestuelle comiques.

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Entre texte oublié, lumières décousues et disputes en direct, c’est bien le « Ou presque » qui mène la trame. La danse, quant à elle, fait partie des éléments qui, tout comme le chant, échappent au désastre ambiant de la fiction pour offrir au public une occasion de plus d’acclamer l’équipe de choc.

Parmi le public, maintenu hilare du début à la fin, le petit jeu à la sortie semblait être de deviner si tout était vraiment « fait exprès ». Et cette tenue débraillée? et cet accessoire qui s’est fait la malle? et cette chute de scène quand-même très réaliste?

Dans le doute, on ne va surtout pas leur souhaiter de « se casser une jambe », comme cela serait de coutume à Broadway, mais plutôt… bonne chance (!), pour toutes les représentations à venir. De toute façon, la superstition n’est qu’une convention de plus dont se moquer, non?

Blanche-Neige… Ou presque!
Du 27 au 30 avril 2023
CPO, Lausanne
www.cpo-ouchy.ch