Barbe Bleue

Naissance d’une troupe À l’Ouest

Chaque été, le Théâtre Kléber-Méleau (TKM) part en « tournée » dans les villages avec un spectacle itinérant en plein air et gratuit. Cette année, ils ont confié cela à la compagnie À l’Ouest, nouvellement créée après la pièce Fantasio, en 2023, qui a été un véritable « coup de foudre » tant humain que pour le lieu du TKM.

Texte et propos recueillis par Marie Butty
Photos (de répétitions): ©Lauren Pasche

La compagnie À l’Ouest est une troupe créée il y a peu par Pierre Boulben, Hugo Braillard et Loubna Raigneau. Les trois jeunes artistes ont collaboré, en 2023, sur la pièce Fantasio produite par le TKM et mise en scène par Laurent Natrella. À cette occasion, les trois comédien·ne·s, qui sortaient tout juste des écoles de théâtre, ont eu l’opportunité de mieux se connaître et de travailler dans l’univers du TKM. Cette belle aventure a mis en lumière une volonté de collaborer ensemble et de proposer, en s’inspirant du lieu, un projet qui puisse y être joué. C’est dans ce cadre qu’est née la création collective Vous avez dit Barbe Bleue? pour laquelle ils et elles ont été rejoint·e·s par Guillaume Pidancet, chanteur, compositeur mais également metteur en scène.

Barbe Bleue

©Lauren Pasche

Comment est née l’idée de cette pièce?

Hugo: Alors que nous répétions l’été dernier au TKM pour Fantasio, nous mangions un midi derrière le théâtre, aux abords duquel il y a un container de stockage avec une grosse pancarte rouge estampillée « Théâtre ». Nous nous sommes dit qu’il serait génial de pouvoir faire du théâtre dans ce container – puisque nous défendons l’idée qu’il n’y a pas besoin de grand-chose pour faire du théâtre. Nous étions tellement content·e·s d’être ici et ne voulions pas partir! Suite à cela, nous avons rédigé une note d’intention qui a été reçue avec beaucoup d’intérêt de la part du théâtre. Le TKM nous a alors proposé d’être le spectacle en itinérance de l’été. La rêverie s’est concrétisée, nous nous sommes alors mis au travail et Guillaume a rejoint le projet.

Pierre: Nous nous sommes alors questionné·e·s sur tout l’univers de création du TKM pour pouvoir fournir une proposition en adéquation avec celui-ci. Le TKM est un théâtre où tous les acteur·ice·s du monde du spectacle travaillent en synergie puisqu’il y a des ateliers décors ou encore costumes à proximité du plateau. Dans notre dossier, nous avons pris le parti de faire les décors avec des éléments de récup’, de réutiliser des costumes d’un spectacle d’il y a vingt ans. Cette dimension de transmission a déclenché un vif intérêt de la part du théâtre.

Comment vous êtes-vous arrêté·e·s sur le thème du conte?

Loubna: Tout d’abord, cela permettait d’être dans la continuité de ce que propose le TKM artistiquement. Il défend ce monde de l’imaginaire, de la magie, des histoires racontées à tous·tes et pour tous·tes. Le conte est un médium qui parle vraiment à tout public et même si on n’a pas forcément touché à des contes quand on était petit, on a toujours des paroles rapportées. Tout le monde connait de loin le Petit Chaperon Rouge par exemple.

Pourquoi avoir choisi le conte de Barbe Bleue en particulier?
Pierre: Notre première réflexion a été de dégager ce que nous aimions dans les contes. Nous nous sommes arrêté·e·s sur le thème de la curiosité. Nous nous sommes alors dit que Barbe Bleue était celui qui la représentait le plus. Dans le conte original de Charles Perrault, la curiosité est un vilain défaut – il ne faut pas en être doté·e, autrement c’est la mort assurée. À l’inverse, pour nous, la curiosité est quelque chose de positif puisqu’elle amène le savoir, la rencontre avec les autres, la découverte de nouvelles choses, la sortie de sa zone de confort, etc., et c’est précisément cela que nous voulions exprimer avec la pièce.

Barbe Bleue

©Lauren Pasche

Comment vous y êtes-vous pris·e·s pour renverser cette approche de la curiosité?

Hugo: Nous avons fait un gros travail de lecture et de réécriture. Les contes, à la base, sont des paroles rapportées. Nous avons donc cherché toutes les versions du conte de Barbe Bleue. Nous en avons retrouvé des traces en Asie bien avant celui de Charles Perrault. Il y a également des adaptations d’autres auteurs comme L’oiseau d’Ourdi des frères Grimm ou encore tout proche de nous Le petit forgeron de Vallorbe. Dans ce dernier, la femme de Barbe Bleue est le forgeron et Barbe Bleue est une fée qui lui interdit l’entrée de sa grotte. Parmi toutes ces lectures, nous avons retenu certains aspects ou certains personnages, comme par exemple la fée qui, par son coté léger et magique, constitue un bon outil de connivence avec le public. Notre version de Barbe Bleue est donc un mélange de tout ce que nous avons trouvé intéressant dans ces différentes versions, elle est chargée de toutes ces lectures.

Votre spectacle s’adresse aux adultes comme aux plus jeunes, comment avez-vous réussi ce dialogue entre les âges?

Loubna: Comme le spectacle se déroule en extérieur, nous allons être amené·e·s à travailler avec le public, nous essayons donc d’avoir quelque chose d’assez ludique et joyeux. En même temps, l’histoire de Barbe Bleue a une dimension assez terrible puisqu’il s’agit de violence, de féminicide et de domination masculine. Bien que parler ce cela ne soit pas notre première approche, nous ne voulions pas édulcorer l’aspect sombre et intellectuel que présente le conte. Ce sont des éléments qui sont présents et qui apparaissent en filigrane pour le public adulte. Nous n’avons pas envie d’imposer cette dimension au public, mais elle sera lisible pour qui voudra la voir. Nous aspirons à ce que le spectacle ait une portée qui amène à l’ouverture et au questionnement.

Vous avez dit Barbe-Bleue?
Du 14 au 16 juin 2024 au Théâtre Kléber Méleau, Renens
Puis en tournée jusqu’au 13 juillet dans les communes de l’Ouest lausannois.
Toutes les dates sur:  www.tkm.ch